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> L’Internet solidaire expliqué à ma fille

27 septembre 2000, 19:48, par Pascal

Cher Marc,

Ta dernière version de La Scouette est très drôle.
Elle est sans doute également bien fondée en raison. La lecture de tes écrits antérieurs m’incite à te
faire confiance.

Je remarque au passage que tu t’en prends à VECAM, ce qui me paraît particulièrement bien visé
dans le sens où cette asssociation donne vraiment le sentiment d’avoir pour unique objectif de "courrir
le cachet" en proposant clé en main à nos amis de la gauche plurielle un discours d’accompagnement
à la rhétorique gouvernementale sur la "société de l’information" en l’agrémentant d’un vernis fondé
sur le tryptique "démocratie, Internet et fraternité"

Je remarque que tu t’en prends également à IRIS, que tu sembles mettre sur le même plan que
l’association susmentionnée. Inutile de te dire que je trouve ce rapprochement pour le moins hâtif.
Certes, je ne suis pas introduit dans les arcanes de ce que l’on appelle parfois le "web indépendant"
(indépendant de quoi, d’ailleurs ?). Je ne connais pas non plus la nature exacte des luttes intestines au
sein de cet univers qui semble notamment opposer les partisans de Meryem Marzouki à certains de
tes camarades d’uZine2. Je ne suis pas sûr d’ailleurs que ces querelles soient d’un grand intérêt pour
l’individu lambda. Toujours est-il que, à mes yeux, le grand mérite d’IRIS, comparativement à tous
les autres adeptes de la ventriloquie "citoyenne et non marchande" ou "indépendante", est de nous
proposer le seul discours "autorisé" sur le Net qui ne soit pas empreint de la dimension mythologique
qui accompagne le développement de ce réseau depuis ces origines. Sans entrer dans les détails,
précisons tout de même l’absence de trace de déterminisme technique chez nos amis d’IRIS à mettre
en parallèle avec la permanence d’un combat pour faire en sorte que les multiples dangers inhérents
au développement de ce réseau s’opère dans les conditions les moins défavorables possibles pour la
collectivité. D’où l’appel souvent réitéré de cette association à une intervention de l’Etat en vertu du
principe selon lequel le libre marché privilégie la loi du plus fort tandis que que la loi devrait en
principe chercher à en atténuer le plus possible les effets.

Je regrette par contre que ton goût prononcé pour l’enquête ne t’ait pas incité à osculter de plus près
la rhétorique de certains de tes amis du Minirezo. Dans quelle mesure n’est-elle pas elle-même
porteuse d’une vision enchantée du Net perçu comme un instrument de libération des consciences
par la seule magie de ces propriétés techniques ? Ne crois-tu pas que leur enthousiasme technoïde
pour ce réseau censément libérateur fait de ces adeptes de la micro-convivialité les alliés objectifs
des marchands qu’ils prétendent pourtant démystifier à longueur de pages web ?

Qu’elle soit issue du pôle libéral ou libertaire la vision mythologique véhiculé par les croisés de la
cybersociété aboutit au bout du compte au même résultat : le prosélytisme autour du développement
d’un réseau dont personne ne peut nier le caractère fondamentalement inégalitaire. Le dernier pôle
cité apportant le supplément d’âme nécessaire pour la réussite des projets du premier. La grande
force d’IRIS consiste, je crois, à ne pas être tombé dans ce paneau là.

Bon, il ne s’agit là que d’un premier jet d’une réflexion qui mériterait d’être approfondie. Excuse-moi
pour le côté sans doute quelque peu simpliste, voire même caricatural de certaines idées contenues
dans ce message. En tout cas, elles traduisent assez bien mon état d’esprit suite à la lecture de ton
excellente petite chronique.

Amts, Pascal.

Voir en ligne : L’INTERNET SOLIDAIRE EXPLIQUÉ À MA FILLE