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> L’Internet solidaire expliqué à ma fille

28 septembre 2000, 09:25, par Olivier Zablocki

Qu’elle soit issue du pôle libéral ou libertaire la vision mythologique véhiculée par les croisés de la cybersociété aboutit au bout du compte au même résultat : le prosélytisme autour du développement d’un réseau dont personne ne peut nier le caractère fondamentalement inégalitaire

Hum... Si l’on veut bien considérer que l’élément fondateur de l’Internet est d’abord l’apparition d’un protocole de communication universel, rien n’autorise à affirmer que ledit protocole soit en lui-même inégalitaire.

Ce qui est inégalitaire c’est le développement de certaines pratiques qui ne sont pas fondamentalement inscrites dans le protocole. Au premier rang de ces pratiques il y a bien sûr la pratique du dial-up, ce mode de connexion batard que la plupart d’entre nous utilise à défaut d’autres solutions et qui introduit une première inégalité entre ceux qui sont pleinement dans l’Internet avec une connexion permanente et ceux qui doivent se contenter d’y circuler en invité provisoire.

Ce qui est inégalitaire c’est le temps et le niveau de culture nécessaire pour exploiter réellement le potentiel de ce protocole. Mais on doit avoir l’honnêteté de reconnaitre que cette inégalité préexiste à l’Internet à la fois dans le système scolaire et dans le fonctionnement de nos sociétés. Ce n’est pas l’Internet qui génère ici l’inégalité, elle lui est antérieure.

Que dans ses conditions l’Internet donne l’impression de ne pas tenir ses promesses, apparaisse en-dessous de sa mythologie, c’est un fait. Les dernières années ont vu une immense manipulation ; parce qu’il y avait un peu de matière à vendre, des commerçants sans scrupule agissant à coup de publicités mensongères se sont débrouillés pour embrouiller l’esprit de la société en lui faisant passer quelques ersatzs, quelques scories de l’Internet pour l’Internet lui-même. Certes, c’est une manipulation insensée de la conscience de nos contemporains qui prend appui sur la puissance imaginaire du mythe et qui le détourne pour en tirer un profit immédiat. Je ne vois pas dans cette mésaventure un phénomène spécifique à l’Internet.

Je ne pense pas surtout qu’il s’agisse là d’un combat terminé ou perdu d’avance. D’abord l’Internet est un réseau de réseaux et la plupart de ces réseaux n’en sont qu’au début de leur histoire, ils se développent, se confrontent les uns aux autres, incarnent des intérêts différents, des prises de position politiques différentes. Je ne prendrai que l’exemple des réseaux indépendants de proximité dont le développement est encore embryonnaire dans ce pays et dans beaucoup d’autres et qui, à une échelle de vingt ans, pourraient bien dessiner des équilibres nouveaux au sein de l’Internet.

C’est peut-être ce qu’il y a d’essentiel à retenir, une échelle de temps pour l’analyse du phénomène. Inscrire la réflexion dans le court terme c’est courir le risque de prendre une partie pour le tout, l’anecdote pour le fondamental.

Amicalement,