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> L’Internet solidaire expliqué à ma fille

2 octobre 2000, 00:49, par Olivier Zablocki

C’est entendu, il y a beaucoup d’accusations acerbes ici à propos de IRIS. Il faut dire que c’est une sorte d’habitude acquise à force de se heurter sur presque tout. Ce n’est pas une excuse, disons que cela fait partie d’une forme de folklore caricatural. Il serait cependant idiot de ne pas tenter une explication car ces accusations sont mons gratuites qu’elles n’en ont l’air.

Pour ma part, je crois que cette différence de potentiel qui provoque à chaque fois des étincelles est sans doute liée aux relations très différentes que nous entretenons d’un côté et de l’autre avec la question du « bien public », de l’Internet comme « bien public ».

Je ne crois pas me tromper en affirmant que IRIS prend l’Etat comme interlocuteur principal dans sa défense et illustration de l’Internet solidaire. C’est de l’Etat et de lui seul que IRIS exige un certain nombre de dispositions, d’ajustements, etc.

De ce côté de la barrière, notre défense et illustration est beaucoup moins univoque et, pour faire comprendre pourquoi et comment, je ne peux que reprendre l’exemple classique d’un « bien public » bien antérieur à l’Internet, il s’agit du phare et plus généralement du système mondial de signalisation maritime. C’est l’exemple type d’un « bien public » : tous les navires profitent de sa lumière, et les bénéfices que cette dernière procure restent les mêmes pour tous les bateaux, aussi nombreux qu’ils soient.

Ce qu’il est très important de noter, c’est que l’histoire des phares montre qu’un bien public n’est pas nécessairement fourni exclusivement par les gouvernements. Ronald Coase, Nobel d’économie (je ne sais plus trop quand) raconte qu’au cours des siècles les phares ont été bâtis et gérés par des investisseurs privés, des corporations maritimes et des associations des secteurs public et privé, sans compter les organes et organismes gouvernementaux. (The Lighthouse in Economics
- Le phare en science économique, in The Journal of Law and Economics)

Du réseau mondial des phares à l’Internet, il y a plus qu’une métaphore, une véritable filiation. C’est d’ailleurs l’objet de la rubrique A l’abordage que d’approfondir tous ces parallèles historiques et contemporains entre société de l’information et société maritime.

Pour en revenir à la question des relations IRIS / minirezo, je pense vraiment que c’est dans cette relation différente au « bien public » en général, à l’Internet en particulier que se trouve la source de toute une série de désaccords extrêmement profonds et de coups de griffes réciproques.

Amicalement