L’indice réel qu’uZine n’est pas un média (ou médium ?) au sens où l’entend "David TB" est cette contribution : un médium se singularise par le fait que chacun de ses items est fermé, avec une extension finie, un moment de début et un moment de fin. Bien sûr, tout ou partie de chaque item peut (sauf disparition définitive de ses traces) être réinséré dans un nouveaux flux, mais d’une part ce ne sera pas le même item, de l’autre l’item original est (sinon en régime totalitaire) un objet qui ne se modifie pas. Ce n’est pas le même, serait-il reproduit in extenso, car il ne peut plus figurer que comme citation ou reproduction (« l’émission de J.-C. Averty de telle semaine », « le numéro de Libération de tel jour ») ; il est non modifiable parce justement, émission de telle semaine, numéro de tel jour. Cette contribution prouve par l’évidence que « la page “Les chiens de garde se retrouvent à poil” » a une extension infinie dans le temps et dans l’espace, que c’est un objet réel et non pas une « information », que c’est un objet vivant sans cette caractéristique de clôture de l’objet médiatique.
"David TB" semble ignorer (ou vouloir ignorer) que “média”, “médium”, a une triple acception et désigne à la fois un vecteur, une structure et une activité. Internet « est un médium » au sens où le téléphone « est un médium » : un appareillage technique permettant de diffuser des messages - un vecteur de communication - ; le web « est un média » au sens où la librairie (c.-à-d. l’ensemble technique, industriel et commercial permettant la diffusion de l’imprimé) « est un média » : une structure permettant de créer, stocker et diffuser « quelque chose » qui est « de l’information » au sens très basique de la théorie de l’information, « des messages mis en forme », “codés” ; enfin, comme dit "Lirresponsable", il y a « des sites web de nature médiatique (tf1.fr par exemple) » c.-à-d. des entités économiques ou/et politiques dont l’objet social est de « diffuser du contenu mis en forme » (“de l’information” au sens que ces « médias » donnent au mot) dans un but autre que de simplement émettre des messages (de « communiquer »).
D’évidence, c’est ce dernier type de médias dont parle "David TB". Or, d’une part désigner « média » ces entités est abusif, de l’autre rabattre toute communication à ces types de « médias » est illégitime. La holding TF1 ou la SA “La Vie-Le Monde” ne sont pas des médias mais des entreprises commerciales qui, entre autres activités, réalisent, achètent ou diffusent « du contenu », lequel peut être à-peu-près n’importe quoi (“information”, “divertissement”, publicité, petites annonces, “publi-reportage”, annonces légales) et a pour particularité d’être diffusé à travers des médias (librairie, télécoms, télé, radio, cinéma, disque). Mais elles ont bien d’autres activités qui n’ont rien de « médiatique ». Factuellement, en France il ne doit plus guère y avoir que Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, et les radios (mais non les télés) publiques dont on peut dire « ce sont des médias » (au sens restreint d’« entreprises de médias »), dont l’unique activité est de « diffuser du contenu » via des médias.
Maintenant que voilà circonscrite cette question des médias, on peut dire qu’en aucun sens du terme uZine n’est un média (ou médium) : ce n’est ni un vecteur de message, ni une structure en état de diffuser des messages, ni enfin une entité économique ou politique « diffusant du contenu ». Et pour revenir au début de ma contribution, si même l’on devait considérer qu’uZine « diffuse du contenu », celui-ci ne correspond donc pas aux types de contenus que diffusent les médias-entreprises, puisque comme indiqué ce « contenu » n’est pas fixé une fois pour toute.
Une fois ce point établi, il en résulte que l’argumentaire général de "David TB", qui repose sur la considération qu’uZine est un média (mais attention ! Un gentil média « socialisé » et non un vilain média « capitaliste », c’est tout le distinguo...) tombe un peu à côté. Là-dessus, cette opposition entre médias « capitaliste » et « socialisés » sent son réchauffé, "David TB" devrait je crois se mettre à lire sérieusement Debord pour voir en quoi les vieilles catégories de la doxa marxiste version Lénine ont pris du plomb dans l’aile à l’heure de la société du spectacle. Et en quoi ce genre de « socialisation » n’est qu’une variante « non monétaire » de l’organisation sociale qui prépare et réalise une division « spectaculaire » de la société.
Il est d’ailleurs intéressant de voir - et l’exemple décortiqué par "Lirresponsable" de la « boulangerie [qui fabrique] du pain » le montre assez - que "David TB" articule son propos en ayant intégré la division du travail comme une donnée sociale fondamentale : qui produit du contenu et le diffuse « est » “médiateur” comme certains « sont » “garçons de café”. Pourtant, je suis presque certain que, ayant produit et mis en ligne son commentaire, "David TB" ne se considère pas “médiateur” pour cela. Or il ne l’est pas moins - et probalement, par son approche réductrice, l’est-il plus - que les auteurs du texte qui motiva sa contribution. Et en tous cas, selon sa logique même, écrivant « dans un média » il est “médiateur”. En fait, il me semble que "David TB" correspond à ce que décrit une contribution ultérieure (que je découvre d’ailleur être elle aussi due à "Lirresponsable") :
« Tu pourras remarquer par exemple sur les forums d’uZine que certains justement sont davantage dans une attitude de lecteur traditionnel (l’habitus du consommateur de presse :)) : au lieu de produire le contenu, ils attendent un contenu déjà produit et déterminé ; et quand ce dernier ne correspond pas à leurs attentes, ils sont déçus (c’est normal), critiquent les admins (c’est normal et le jeu), mais parfois critiquent la publication d’un article au lieu de l’article lui-même (un peu bizarre, y compris pour l’auteur de l’article) ».
Je suis à la limite de considérer que "David TB" critique en effet plus la publication de l’article que l’article même et en tout cas, sa forme plus que son contenu. Son plus grand problème dans l’histoire semble être la publication des photos illustrant l’article. Pourquoi ? Parce que c’est démotivé : si on « fait de l’information » il ne faut pas la mélanger avec « du divertissement ». Mais justement, dans le cadre de cet article le rapport entre « ce qui est autour » et « ce qui est dedans » est démotivé ; pour mieux dire les choses, il n’y a pas de rapport. D’où l’on peu en déduire que, à l’inverse de ce qu’il avance (en gros, que les auteurs « font de l’infotainement » alors même qu’ils le « dénoncent ») il ne s’agit pas d’infotaiment puisque, dans le cadre de l’information-spectacle, le rapport entre présentateurs nus et « information » est motivé : créer les conditions pour « faire de l’audience » indépendamment de ce qu’on (re)présente. Incidemment, je n’ai pas lu cette article comme une « critique de l’infotainement » (du « système [...]information/réflexion divertissante ») ; mais plutôt comme une élucidation du caractère spectaculaire (au sens ou Debord ou Baudrillard l’entendent)de l’information à la lumière de son évolution récente vers le divertissement - vers la forme « divertissement ». Sinon, le but général d’un JT n’est pas d’informer mais, comme toute émission de flux, de rassembler le maximum de spectateurs ; ici, ça ne peut se faire par le biais du contenu, tous les JT (y compris celui des « Guignols »...) diffusant à-peu-près le même programme, ni par le traitement des informations, tous (y compris celui des « Guignols »...) « formatant » assez semblablement les sujets « choisis », ni enfin par la dramaturgie générale, tous (y compris [etc.]) ayant à-peu-près la même. Reste « l’habillage » (ou le déshabillage) pour « faire la différence » et « gagner des parts de marché ».
En contraste, comme il est remarqué ailleurs dans cette page, cela ne concerne pas uZine, qui n’a pas de « concurrent » et ne fait de concurrence à rien ni personne, et n’a donc pas de motif à se distinguer d’un objet qui serait « sur son créneau ». Mais il y a les phatidiques fotos. Bon : je ne sais pas pour "David TB", mais pour moi, ce qui me fait arriver sur une page de ce site et y rester c’est plutôt le contenu que la forme - qui est d’ailleurs très pauvre et peu attractive ! Et si je ne m’attends pas à y trouver des photos de personnes nues, en même temps je ne suis pas plus surpris que ça d’en voir et je n’associe pas la chose à une quelconque volonté d’« attirer l’audience ». Pour que cela arrive, il faudrait que le site ait, ou bien conçu une politique globale de publication de photos de nus, ou bien fait sa notoriété sur le fait que dans ses pages on trouve de telles choses. Ce qui n’est pas le cas.
Avant de conclure, un petit commentaire sur ce passage :
« Alors oui le terme média s’applique à uZine et pas à n’importe quoi d’autre (un tuyau d’arrosage comme canal de communication). Oui, uZine créé de la socialisation si l’on considère qu’uZine et un lieu où les personnes s’approprient le moyen (le Web) de produire et échanger de l’information, de l’interprétation. Maintenant je laisse à des gens plus compétents que moi le soin d’établir les modalités de socialisation particulière à des sites comme uZine ».
Si on utilise « un tuyau d’arrosage comme canal de communication », c’est un média : qu’est le téléphone sinon une sorte de tuyau d’arrosage légèrement perfectionné pour communiquer ? Qui n’a dans son jeune temps fait son « médium maison » avec une ficelle et deux pots de yaourts ? Mais je voulais surtout parler de la suite : on y voit une tendance typique, celle de la personnification des objets : uZine ne « crée » rien, ce sont ses utilisateurs qui peuvent y créer quelque chose. Disons que "David TB" « voulait écrire » que les mainteneurs du site « créé[ent] de la socialisation » ; cela signifie donc qu’ils permettent l’« appropriation des moyens de production et d’échange par la collectivité ». Ou veut-il, bien qu’ayant donné cette définition, parler de l’autre acception, selon mon Petit Larousse illustré, le « processus par lequel l’enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans vie sociale » ? Cela me désobligerait, à mon âge, de me faire traiter d’enfant... Mais que ce soit l’un ou l’autre cas, encore une fois ça ne correspond pas au rôle d’uZine : s’il doit y avoir « appropriation des moyens de production et d’échange » elle se fera à un autre niveau, celui d’Internet même, par exemple en « socialisant » l’appareil physique de télécommunication (on appellerait ça les PTT, par exemple), en créant une entreprise d’État pour la fabrication des appareils de communication (on l’appellerait Honeywell-Bull, pour faire joli et exotique), en aidant à la diffusion de logiciels libres et de logiciels ouverts, etc. Ça ne signifie pas qu’il n’y ait ici où là sur ce site des articles qui vont dans ce sens, mais ça me semble au-delà des capacités d’uZine, en soi ou par ses animateurs, de faire une telle chose. Quant à l’autre acception, je ne crois pas que des voyous pornographes comme "ARNO*" et "Lefayot" puissent nous montrer la voie pour acquérir les « valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite » de notre belle société française...
Pour en finir, d’abord ce point : plusieurs interventions rappellent qu’un des projets d’uZine est d’inciter les passagers du site à « construire soi-même [leurs] histoires » et à « [devenir eux-mêmes leur] propre source d’information et de diffusion, de manière autonome. C-a-d [construire leur] information, grâce aux ressources du réseau ». Or, dans divers passages, dont le dernier cité, "David TB" montre qu’il réfléchit dans le cadre d’un modèle centralisateur, pour lui « uZine crée de la socialisation si l’on considère qu’uZine et un lieu où les personnes s’approprient le moyen (le Web) de produire et échanger de l’information ». Or, c’est en dehors d’Uzine qu’on « s’approprie le Web » : au mieux « s’appropriera »-t-on uZine, et autant qu’il me semble on ne s’y approprie rien sinon des matières à réflexion. Tant que "David TB" restera dans ce schéma (s’il y est encore quatre ans après), il risque fort de lui échapper l’évidence que « l’information » des médias de flux et des dépêches d’agences de presse n’est pas de l’information. Puis cet autre point ; "David TB" écrit :
« Dans l’article [...] on parle de la nudité comme “code formel décalé”. Ces termes me laissent perplexe... En quoi considèrent-ils que la nudité n’est pas une information en soi ? un code formel ou non n’est-il pas une information perçue, interprétée, et déterminant une réaction ? Les modalités, les codes de transmission de l’information sont eux-même de l’information ».
On voit ici que, comme pour “médias”, il semble ne pas se rendre compte que le mot “information” désigne deux réalités non recouvrables : le récit d’ordre fictionnel que les médias-entreprises de flux ou de presse tendent à nommer ainsi et les signaux « qui font message » et dont traitent la théorie de l’information et la sémiotique. Et oui, "David TB", « la nudité n’est pas une information en soi », et plus largement toute réalité observable « n’est pas une information en soi », bref, rien n’est information sinon ce que l’observateur décide de déterminer tel : dans un camp naturiste ou dans un village Jivaro du fin fond de l’Amazonie la nudité est une “non information” « en soi » car ne signalant rien de particulier, ni ne peut prendre une compréhension qui désignera la personne nue comme « donnant du sens » à sa nudité. Dans un film pornographique ou érotique la nudité n’a pas « un sens en soi » mais participe d’un ensemble de signaux qui par leur association « font sens », un sens qui ne sera pas le même que, par exemple, la nudité d’un groupe de conscrit pendant “les trois jours”, celle d’une équipe de rugby dans ses vestiaires, celle des athlètes dans une reconstitution de jeux antiques. Bref, la nudité n’est une information que en contexte, et sa valeur variera selon le contexte concerné. D’où l’on dira qu’en effet « un code formel » est « une information perçue, interprétée, et déterminant une réaction ». On dira plus : c’est la seule information pertinente dans l’appareil dramatique du JT. La seule dont on puisse dire qu’elle « donne un sens », celui justement “ce que vous voyez est un journal télévisé”. J’ai jeté un œil a NakedNews pour vérifier que « le code JT » était respecté. Et vraiment, il n’y a pas d’équivoque : c’est un JT.
Je conseille à "David TB" d’y aller voir pour constater ce paradoxe : après quelques brèves secondes où l’on s’attache à la singularité de ce JT, ce qui frappe est plutôt sa surdétermination « en tant que JT » qui, très vite, annule sa singularité ; en fait, la mise en scène “hyper-JT” est anti-érotique : elle est si agressivement démonstrative qu’elle perturbe l’agrément de la partie spectaculaire spécifique à NN. En un troisième temps, et comme le pointe l’article de cette page, le double appareil (et non pas « le simple appareil », comme on pourrait l’attendre d’un journal dénudé...), dramatisation « genre JT » et spectacularisation singularisante de ce JT, dénudent bien plus la mise en scène de l’information que le corps des présentatrices. De ce fait, on peut dire sans erreur que la nudité n’est ici qu’un « code formel décalé », et non une « information en soi » : ailleurs ce sera la fausse complicité (J.-P. Pernault), le pathos emphatique (D. Bilalian), le « professionalisme » version compassée et compatissante (P. Poivre d’Arvor) ou crispée et crispante (Christine Ockrent) ; ici c’est le style « plein de “peps” et d’enthousiasme » typique des new channels (CNN, FoxNews) avec le vague “plus” de la nudité, très vite estompé. Sauf en un point : le « code formel » est tellement « décalé » qu’il met en valeur, plus qu’un autre, l’appareil dramatique propre au genre JT. Qu’il le met en évidence en tant qu’appareil dramatique. Le slogan de la chaîne est « le programme qui n’a rien à cacher » (« the program with nothing to hide » ; or il apparaît plutôt comme « le programme qui n’a rien à montrer », ou plutôt, « le programme qui montre qu’il n’y a rien à montrer ». Des jeunes femmes plus ou moins dévêtues gesticulent sur fond d’images fixes en émettant les “Oh !” et les “Ah !” de circonstance en fonction de « l’information » (Oh ! La grippe aviaire menace... Ah ! Bill Gates a encore gagné quelques milliards... Oh ! Les “hackers” hackent... Ah ! Les oscars oscarisent... Oh ! Il pleut - ne sortez pas nus...). « The naked news », l’information dans toute sa nudité... De quoi parlait Eliza Gano en écrivant, « Je me suis dit, "Mon dieu, elle est nue !" » ? De la présentatrice ou de l’information ? Car le plus visible sur NN est bien l’obscénité de « l’information dans sa plus simple expression ».
L’indice réel qu’uZine n’est pas un média (ou médium ?) au sens où l’entend "David TB" est cette contribution : un médium se singularise par le fait que chacun de ses items est fermé, avec une extension finie, un moment de début et un moment de fin. Bien sûr, tout ou partie de chaque item peut (sauf disparition définitive de ses traces) être réinséré dans un nouveaux flux, mais d’une part ce ne sera pas le même item, de l’autre l’item original est (sinon en régime totalitaire) un objet qui ne se modifie pas. Ce n’est pas le même, serait-il reproduit in extenso, car il ne peut plus figurer que comme citation ou reproduction (« l’émission de J.-C. Averty de telle semaine », « le numéro de Libération de tel jour ») ; il est non modifiable parce justement, émission de telle semaine, numéro de tel jour. Cette contribution prouve par l’évidence que « la page “Les chiens de garde se retrouvent à poil” » a une extension infinie dans le temps et dans l’espace, que c’est un objet réel et non pas une « information », que c’est un objet vivant sans cette caractéristique de clôture de l’objet médiatique.
"David TB" semble ignorer (ou vouloir ignorer) que “média”, “médium”, a une triple acception et désigne à la fois un vecteur, une structure et une activité. Internet « est un médium » au sens où le téléphone « est un médium » : un appareillage technique permettant de diffuser des messages - un vecteur de communication - ; le web « est un média » au sens où la librairie (c.-à-d. l’ensemble technique, industriel et commercial permettant la diffusion de l’imprimé) « est un média » : une structure permettant de créer, stocker et diffuser « quelque chose » qui est « de l’information » au sens très basique de la théorie de l’information, « des messages mis en forme », “codés” ; enfin, comme dit "Lirresponsable", il y a « des sites web de nature médiatique (tf1.fr par exemple) » c.-à-d. des entités économiques ou/et politiques dont l’objet social est de « diffuser du contenu mis en forme » (“de l’information” au sens que ces « médias » donnent au mot) dans un but autre que de simplement émettre des messages (de « communiquer »).
D’évidence, c’est ce dernier type de médias dont parle "David TB". Or, d’une part désigner « média » ces entités est abusif, de l’autre rabattre toute communication à ces types de « médias » est illégitime. La holding TF1 ou la SA “La Vie-Le Monde” ne sont pas des médias mais des entreprises commerciales qui, entre autres activités, réalisent, achètent ou diffusent « du contenu », lequel peut être à-peu-près n’importe quoi (“information”, “divertissement”, publicité, petites annonces, “publi-reportage”, annonces légales) et a pour particularité d’être diffusé à travers des médias (librairie, télécoms, télé, radio, cinéma, disque). Mais elles ont bien d’autres activités qui n’ont rien de « médiatique ». Factuellement, en France il ne doit plus guère y avoir que Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, et les radios (mais non les télés) publiques dont on peut dire « ce sont des médias » (au sens restreint d’« entreprises de médias »), dont l’unique activité est de « diffuser du contenu » via des médias.
Maintenant que voilà circonscrite cette question des médias, on peut dire qu’en aucun sens du terme uZine n’est un média (ou médium) : ce n’est ni un vecteur de message, ni une structure en état de diffuser des messages, ni enfin une entité économique ou politique « diffusant du contenu ». Et pour revenir au début de ma contribution, si même l’on devait considérer qu’uZine « diffuse du contenu », celui-ci ne correspond donc pas aux types de contenus que diffusent les médias-entreprises, puisque comme indiqué ce « contenu » n’est pas fixé une fois pour toute.
Une fois ce point établi, il en résulte que l’argumentaire général de "David TB", qui repose sur la considération qu’uZine est un média (mais attention ! Un gentil média « socialisé » et non un vilain média « capitaliste », c’est tout le distinguo...) tombe un peu à côté. Là-dessus, cette opposition entre médias « capitaliste » et « socialisés » sent son réchauffé, "David TB" devrait je crois se mettre à lire sérieusement Debord pour voir en quoi les vieilles catégories de la doxa marxiste version Lénine ont pris du plomb dans l’aile à l’heure de la société du spectacle. Et en quoi ce genre de « socialisation » n’est qu’une variante « non monétaire » de l’organisation sociale qui prépare et réalise une division « spectaculaire » de la société.
Il est d’ailleurs intéressant de voir - et l’exemple décortiqué par "Lirresponsable" de la « boulangerie [qui fabrique] du pain » le montre assez - que "David TB" articule son propos en ayant intégré la division du travail comme une donnée sociale fondamentale : qui produit du contenu et le diffuse « est » “médiateur” comme certains « sont » “garçons de café”. Pourtant, je suis presque certain que, ayant produit et mis en ligne son commentaire, "David TB" ne se considère pas “médiateur” pour cela. Or il ne l’est pas moins - et probalement, par son approche réductrice, l’est-il plus - que les auteurs du texte qui motiva sa contribution. Et en tous cas, selon sa logique même, écrivant « dans un média » il est “médiateur”. En fait, il me semble que "David TB" correspond à ce que décrit une contribution ultérieure (que je découvre d’ailleur être elle aussi due à "Lirresponsable") :
« Tu pourras remarquer par exemple sur les forums d’uZine que certains justement sont davantage dans une attitude de lecteur traditionnel (l’habitus du consommateur de presse :)) : au lieu de produire le contenu, ils attendent un contenu déjà produit et déterminé ; et quand ce dernier ne correspond pas à leurs attentes, ils sont déçus (c’est normal), critiquent les admins (c’est normal et le jeu), mais parfois critiquent la publication d’un article au lieu de l’article lui-même (un peu bizarre, y compris pour l’auteur de l’article) ».
Je suis à la limite de considérer que "David TB" critique en effet plus la publication de l’article que l’article même et en tout cas, sa forme plus que son contenu. Son plus grand problème dans l’histoire semble être la publication des photos illustrant l’article. Pourquoi ? Parce que c’est démotivé : si on « fait de l’information » il ne faut pas la mélanger avec « du divertissement ». Mais justement, dans le cadre de cet article le rapport entre « ce qui est autour » et « ce qui est dedans » est démotivé ; pour mieux dire les choses, il n’y a pas de rapport. D’où l’on peu en déduire que, à l’inverse de ce qu’il avance (en gros, que les auteurs « font de l’infotainement » alors même qu’ils le « dénoncent ») il ne s’agit pas d’infotaiment puisque, dans le cadre de l’information-spectacle, le rapport entre présentateurs nus et « information » est motivé : créer les conditions pour « faire de l’audience » indépendamment de ce qu’on (re)présente. Incidemment, je n’ai pas lu cette article comme une « critique de l’infotainement » (du « système [...]information/réflexion divertissante ») ; mais plutôt comme une élucidation du caractère spectaculaire (au sens ou Debord ou Baudrillard l’entendent)de l’information à la lumière de son évolution récente vers le divertissement - vers la forme « divertissement ». Sinon, le but général d’un JT n’est pas d’informer mais, comme toute émission de flux, de rassembler le maximum de spectateurs ; ici, ça ne peut se faire par le biais du contenu, tous les JT (y compris celui des « Guignols »...) diffusant à-peu-près le même programme, ni par le traitement des informations, tous (y compris celui des « Guignols »...) « formatant » assez semblablement les sujets « choisis », ni enfin par la dramaturgie générale, tous (y compris [etc.]) ayant à-peu-près la même. Reste « l’habillage » (ou le déshabillage) pour « faire la différence » et « gagner des parts de marché ».
En contraste, comme il est remarqué ailleurs dans cette page, cela ne concerne pas uZine, qui n’a pas de « concurrent » et ne fait de concurrence à rien ni personne, et n’a donc pas de motif à se distinguer d’un objet qui serait « sur son créneau ». Mais il y a les phatidiques fotos. Bon : je ne sais pas pour "David TB", mais pour moi, ce qui me fait arriver sur une page de ce site et y rester c’est plutôt le contenu que la forme - qui est d’ailleurs très pauvre et peu attractive ! Et si je ne m’attends pas à y trouver des photos de personnes nues, en même temps je ne suis pas plus surpris que ça d’en voir et je n’associe pas la chose à une quelconque volonté d’« attirer l’audience ». Pour que cela arrive, il faudrait que le site ait, ou bien conçu une politique globale de publication de photos de nus, ou bien fait sa notoriété sur le fait que dans ses pages on trouve de telles choses. Ce qui n’est pas le cas.
Avant de conclure, un petit commentaire sur ce passage :
« Alors oui le terme média s’applique à uZine et pas à n’importe quoi d’autre (un tuyau d’arrosage comme canal de communication). Oui, uZine créé de la socialisation si l’on considère qu’uZine et un lieu où les personnes s’approprient le moyen (le Web) de produire et échanger de l’information, de l’interprétation. Maintenant je laisse à des gens plus compétents que moi le soin d’établir les modalités de socialisation particulière à des sites comme uZine ».
Si on utilise « un tuyau d’arrosage comme canal de communication », c’est un média : qu’est le téléphone sinon une sorte de tuyau d’arrosage légèrement perfectionné pour communiquer ? Qui n’a dans son jeune temps fait son « médium maison » avec une ficelle et deux pots de yaourts ? Mais je voulais surtout parler de la suite : on y voit une tendance typique, celle de la personnification des objets : uZine ne « crée » rien, ce sont ses utilisateurs qui peuvent y créer quelque chose. Disons que "David TB" « voulait écrire » que les mainteneurs du site « créé[ent] de la socialisation » ; cela signifie donc qu’ils permettent l’« appropriation des moyens de production et d’échange par la collectivité ». Ou veut-il, bien qu’ayant donné cette définition, parler de l’autre acception, selon mon Petit Larousse illustré, le « processus par lequel l’enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans vie sociale » ? Cela me désobligerait, à mon âge, de me faire traiter d’enfant... Mais que ce soit l’un ou l’autre cas, encore une fois ça ne correspond pas au rôle d’uZine : s’il doit y avoir « appropriation des moyens de production et d’échange » elle se fera à un autre niveau, celui d’Internet même, par exemple en « socialisant » l’appareil physique de télécommunication (on appellerait ça les PTT, par exemple), en créant une entreprise d’État pour la fabrication des appareils de communication (on l’appellerait Honeywell-Bull, pour faire joli et exotique), en aidant à la diffusion de logiciels libres et de logiciels ouverts, etc. Ça ne signifie pas qu’il n’y ait ici où là sur ce site des articles qui vont dans ce sens, mais ça me semble au-delà des capacités d’uZine, en soi ou par ses animateurs, de faire une telle chose. Quant à l’autre acception, je ne crois pas que des voyous pornographes comme "ARNO*" et "Lefayot" puissent nous montrer la voie pour acquérir les « valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite » de notre belle société française...
Pour en finir, d’abord ce point : plusieurs interventions rappellent qu’un des projets d’uZine est d’inciter les passagers du site à « construire soi-même [leurs] histoires » et à « [devenir eux-mêmes leur] propre source d’information et de diffusion, de manière autonome. C-a-d [construire leur] information, grâce aux ressources du réseau ». Or, dans divers passages, dont le dernier cité, "David TB" montre qu’il réfléchit dans le cadre d’un modèle centralisateur, pour lui « uZine crée de la socialisation si l’on considère qu’uZine et un lieu où les personnes s’approprient le moyen (le Web) de produire et échanger de l’information ». Or, c’est en dehors d’Uzine qu’on « s’approprie le Web » : au mieux « s’appropriera »-t-on uZine, et autant qu’il me semble on ne s’y approprie rien sinon des matières à réflexion. Tant que "David TB" restera dans ce schéma (s’il y est encore quatre ans après), il risque fort de lui échapper l’évidence que « l’information » des médias de flux et des dépêches d’agences de presse n’est pas de l’information. Puis cet autre point ; "David TB" écrit :
« Dans l’article [...] on parle de la nudité comme “code formel décalé”. Ces termes me laissent perplexe... En quoi considèrent-ils que la nudité n’est pas une information en soi ? un code formel ou non n’est-il pas une information perçue, interprétée, et déterminant une réaction ? Les modalités, les codes de transmission de l’information sont eux-même de l’information ».
On voit ici que, comme pour “médias”, il semble ne pas se rendre compte que le mot “information” désigne deux réalités non recouvrables : le récit d’ordre fictionnel que les médias-entreprises de flux ou de presse tendent à nommer ainsi et les signaux « qui font message » et dont traitent la théorie de l’information et la sémiotique. Et oui, "David TB", « la nudité n’est pas une information en soi », et plus largement toute réalité observable « n’est pas une information en soi », bref, rien n’est information sinon ce que l’observateur décide de déterminer tel : dans un camp naturiste ou dans un village Jivaro du fin fond de l’Amazonie la nudité est une “non information” « en soi » car ne signalant rien de particulier, ni ne peut prendre une compréhension qui désignera la personne nue comme « donnant du sens » à sa nudité. Dans un film pornographique ou érotique la nudité n’a pas « un sens en soi » mais participe d’un ensemble de signaux qui par leur association « font sens », un sens qui ne sera pas le même que, par exemple, la nudité d’un groupe de conscrit pendant “les trois jours”, celle d’une équipe de rugby dans ses vestiaires, celle des athlètes dans une reconstitution de jeux antiques. Bref, la nudité n’est une information que en contexte, et sa valeur variera selon le contexte concerné. D’où l’on dira qu’en effet « un code formel » est « une information perçue, interprétée, et déterminant une réaction ». On dira plus : c’est la seule information pertinente dans l’appareil dramatique du JT. La seule dont on puisse dire qu’elle « donne un sens », celui justement “ce que vous voyez est un journal télévisé”. J’ai jeté un œil a NakedNews pour vérifier que « le code JT » était respecté. Et vraiment, il n’y a pas d’équivoque : c’est un JT.
Je conseille à "David TB" d’y aller voir pour constater ce paradoxe : après quelques brèves secondes où l’on s’attache à la singularité de ce JT, ce qui frappe est plutôt sa surdétermination « en tant que JT » qui, très vite, annule sa singularité ; en fait, la mise en scène “hyper-JT” est anti-érotique : elle est si agressivement démonstrative qu’elle perturbe l’agrément de la partie spectaculaire spécifique à NN. En un troisième temps, et comme le pointe l’article de cette page, le double appareil (et non pas « le simple appareil », comme on pourrait l’attendre d’un journal dénudé...), dramatisation « genre JT » et spectacularisation singularisante de ce JT, dénudent bien plus la mise en scène de l’information que le corps des présentatrices. De ce fait, on peut dire sans erreur que la nudité n’est ici qu’un « code formel décalé », et non une « information en soi » : ailleurs ce sera la fausse complicité (J.-P. Pernault), le pathos emphatique (D. Bilalian), le « professionalisme » version compassée et compatissante (P. Poivre d’Arvor) ou crispée et crispante (Christine Ockrent) ; ici c’est le style « plein de “peps” et d’enthousiasme » typique des new channels (CNN, FoxNews) avec le vague “plus” de la nudité, très vite estompé. Sauf en un point : le « code formel » est tellement « décalé » qu’il met en valeur, plus qu’un autre, l’appareil dramatique propre au genre JT. Qu’il le met en évidence en tant qu’appareil dramatique. Le slogan de la chaîne est « le programme qui n’a rien à cacher » (« the program with nothing to hide » ; or il apparaît plutôt comme « le programme qui n’a rien à montrer », ou plutôt, « le programme qui montre qu’il n’y a rien à montrer ». Des jeunes femmes plus ou moins dévêtues gesticulent sur fond d’images fixes en émettant les “Oh !” et les “Ah !” de circonstance en fonction de « l’information » (Oh ! La grippe aviaire menace... Ah ! Bill Gates a encore gagné quelques milliards... Oh ! Les “hackers” hackent... Ah ! Les oscars oscarisent... Oh ! Il pleut - ne sortez pas nus...). « The naked news », l’information dans toute sa nudité... De quoi parlait Eliza Gano en écrivant, « Je me suis dit, "Mon dieu, elle est nue !" » ? De la présentatrice ou de l’information ? Car le plus visible sur NN est bien l’obscénité de « l’information dans sa plus simple expression ».
Olivier Hammam