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Val tragique à Charlie : un mort

par Marc Laimé, Pascale Louédec, Philippe Moreau et ARNO*

Philippe Val vient de faire une découverte : sur cet internet qu’il croit entièrement livré aux mains des Viventruc et autres Lagarmachin, il y a des lecteurs de Charlie Hebdo ! Il a fait cette autre découverte épatante : quand on donne son adresse email, les lecteurs vous écrivent et ne se contentent pas de dire « Val, t’es génial, continue », mais n’hésitent pas à témoigner de leur désapprobation. Il y a même des sources d’information uniquement présentes sur le réseau, et elles sont lues ; pas seulement par des pédo-nazis ultra-libéraux, mais aussi par des lecteurs de Charlie, attentifs aux évolutions de leur canard.

Bref, Val a fait cette découverte terrifiante : les lecteurs sont des êtres doués d’intelligence qui, lorsqu’ils ont un accès au réseau, peuvent le faire savoir aux journalistes qui viennent de les prendre pour des imbéciles. Marc Laimé avait recensé dans « Écrire sous contrôle » les raisons pour lesquelles le journaliste doit comprendre qu’il n’écrit plus depuis une tour d’ivoire. Pour certains, ce contact direct avec les lecteurs est vivifiant ; pour d’autres, c’est une calamité. Philippe Val, lui, l’a très très mal pris.

La semaine dernière, Val a fait une connerie : il a imposé dans Charlie Hebdo un échange de publicité avec Libération. Le genre de décision qui, généralement, fait plus plaisir aux actionnaires d’une entreprise de presse qu’à une rédaction de journalistes et aux lecteurs attachés à l’indépendance de leur hebdomadaire. Et, plutôt que d’expliquer à ses lecteurs adultes et intelligents que c’est de la pub, qu’il l’assume, mais que c’est un mal nécessaire (ce qui, après tout, aurait été beaucoup mieux accepté), il nous a repeint cette innovation aux couleurs de l’humanisme des Lumières en rebaptisant une bête publicité du beau nom d’« accord de solidarité ». La connerie, ça n’est pas l’introduction de la pub, c’est d’avoir pris les lecteurs pour des andouilles en essayant de leur faire passer des vessies publicitaires pour des lanternes humanistes.

Comme uZine a publié un article à ce sujet (« Charlie se fait cobrander ») beaucoup de lecteurs écrivant à Val pour protester nous ont mis en co-destinataires de leurs mails ; c’est ainsi que nous avons reçu nombre des courriers destinés à l’éditorialiste de Charlie. Plusieurs de ces courriers reproduisaient d’ailleurs notre texte dans son intégralité. Beaucoup de plaintes, donc, mais seulement un petit échantillon de ce qu’il a dû recevoir.

Bref, on a vu passer beaucoup de courriers adressés à Val, et on a pu constater que, cette semaine, il n’a pas reçu que des encouragements du genre « Bravo Val pour ton courageux combat contre les pro-palestiniens antisémites tournés vers la Mecque », ni « Bravo Val pour ton courageux soutien aux forces de l’OTAN » (« Val t’en guerre, de la Vache folle)... En revanche, des « Charlie avec de la pub, c’est plus Charlie » et des « Val, tu nous prends pour des cons, la publicité c’est pas un "accord de solidarité", ça reste de la pub », il en a reçu beaucoup.

Alors on guettait le Charlie de cette semaine (17 janvier) pour voir sa réaction. On espérait surtout une réaction de la rédaction. Pourquoi pas un sondage au sein de la rédaction sur le thème « Pour ou contre la publicité dans Charlie ? » (un peu comme ce sondage où l’on découvrait que, ben non, Charlie n’allait pas voter Verts aux Européennes comme un seul homme - « Philippe et Dominique », dans Zoo.) Heureusement, depuis le Kosovo et les Européennes, de tels errements démocratiques au sein de la rédaction n’ont plus lieu ; on n’assistera plus au spectacle d’un Cavanna bouleversifié par la contestation (« J’ai été bouleversé de voir l’esprit de clan s’insinuer à Charlie... »). S’il y a eu des divergences d’opinion face à la pub dans Charlie, rien ne transpirera plus à l’extérieur, et tout ce qu’on en lira, c’est une phrase sibylline de Siné dans sa colonne : « J’ai profité de mon coup de fil à Charb pour lui demander, perfidement, s’il allait illustrer, comme d’habitude, l’article que Gérard Biard allait immanquablement consacrer, dans sa rubrique "À bas la pub", à celle pour Libération parue dans Charlie la semaine dernière. Mais ce nigaud, n’ayant pas l’air de goûter ma plaisanterie, m’a brutalement raccroché au nez." On n’en saura pas plus...

Cette semaine, donc, on retrouve la publicité pour Libération et, côté réactions internes, c’est Le Silence de la mer...

Reste le problème de ces lecteurs de Charlie et utilisateurs du réseau qui lui ont écrit massivement. Ceux-là, pour les faire taire (« je ne veux voir qu’une seule tête ! », gueulait mon sergent), Val a intérêt à se lever tôt le matin. Alors il sort la grosse Bertha. Plutôt que de leur répondre, d’expliquer, de prendre en compte leur opinion, il flingue. Et il dépasse en violence, en approximations et en amalgames tout ce qu’on avait lu jusque là. Plutôt que de discuter les critiques, il tente de discréditer le réseau dans son ensemble. Le message envoyé à ceux qui avaient cru que la publication dans Charlie de l’adresse de Val devait servir à lui écrire est clair : si vous utilisez l’internet, c’est que vous n’êtes qu’une bande de tarés concupiscents et ultra-libéraux, donc votre opinion ne m’intéresse pas !

Bidet Casserole a déjà réagi dans uZine (« Adieu Philippe, on t’aimait bien ! »), mais enfonçons le clou en décortiquant l’édito de Val de cette semaine, intitulé (sobrement) « Internet, la kommandantur libérale ».

On y retrouve, en pire, les thèmes chéris de tous ceux qui veulent discréditer le réseau en manipulant des a priori idiots : délation anonyme, pédonazis, info non vérifiée, ultra-libéralisme omniprésent. Et, bien entendu, la dénonciation extrême de l’accès des citoyens à l’expression publique.

Pourquoi Charlie n’a-t-il pas de site Internet ? Hein ?

Drôle de début... vu les courriers qu’il a reçus cette semaine, ça n’est pas la question que les lecteurs de Charlie qui l’ont interpellé lui ont posé. En fait, presque tout le monde s’en fout... Certes, tout un chacun « aimerait bien » que Charlie ouvre son propre site, mais ça n’est ni vital, ni urgent.

Mais c’est une manière d’introduire son sujet par la bande, sans commencer directement par « Réponse collective aux lecteurs qui m’ont écrit et que je vais de ce pas envoyer chier ».

Vous vous déplacez encore en diligence ? Et pourquoi ne diffusez-vous pas vos idées comme les Indiens d’Amérique avec des signaux de fumée ? Ton vélo, il a des pneus pleins et un pignon fixe ? Non, alors pourquoi t’as pas un site Internet ? Même mon plombier, il a un site Internet interactif. Tu cliques sur « plombier », puis sur « lavabo », puis sur « siphon », puis sur « pelote de poils qui bouche », tu donnes ton numéro de carte de crédit, hop ! six mois plus tard, tu reçois dans ta boîte aux lettres une pub pour Destop, et le tour est joué. C’est ça, l’avenir.

Voilà, la critique du réseau (dans son ensemble) commence à prendre forme : le refus de s’aligner sur les bêlements publicitaires d’un internet « épatant, parce que c’est une nouveauté nouvelle ». Noble attitude, mais le rejet en bloc de la mode n’est pas forcément la plus productive. Après tout, Val s’est mis à rouler dans Paris (de Charlie à Radio France et de Radio France à Charlie) sur un scooter lorsque le scooter était le truc à la mode et ringardisait le vélomoteur ; et malgré son rejet en bloc du progrès, son téléphone portable lui est indispensable. Comme quoi on peut tirer de son environnement ce qu’on souhaite sans pour autant « céder » à la mode.

Autre truc désormais bien connu : la réponse à un interlocuteur fantasmagorique. « Quelqu’un » n’aurait trouvé d’autre raison de monter un site Web que des références aux diligences, aux signaux de fumée, et au vélocipède. Comme Hervé Bourges invente « une sorte d’utopie ultra-libertaire » des « pères d’internet » (« Petite leçon de procédés rhétoriques malsains »), comme Marc Knobel se défend d’une hypothétique « petite clique d’internautes » (« Non à la haine de l’internet »), Philippe Val s’invente des interlocuteurs imaginaires à l’argumentation au ras des pâquerettes. Merci à ceux qui lui ont écrit : Val n’avait pas besoin de vos courriers, il s’invente ses propres correspondants.

Un site Charlie, ce serait génial. Pourquoi ? Ben, j’sais pas, moi, on verrait le sommaire, les principaux articles, les archives, l’âge du capitaine, une visite guidée des locaux, la marque de croquettes des chiens de Luce Lapin, s’il reste des cacahuètes dans le frigo de la rédaction, et puis il y aurait un forum de discussion et puis des entrées interactives, et puis des conseils pratiques : comment faire la révolution avec un couteau suisse, un poste à galène et une boîte de trombones.

Même si le besoin ou non d’un site Charlie n’est pas la question - tout le monde s’en fout -, Val se fend tout de même d’une description. Remarquez, à la question « pourquoi ? », il répond « j’sais pas ». La description du site prouve qu’il aurait mieux fait de se contenter de reconnaître son ignorance, parce que ça vaut son pesant de cacahouètes (et de trombones). (Et encore l’interlocuteur débile, qui décrit avec la tournure naïve « ce serait génial » un site minable.)

L’idée qu’on puisse souhaiter un site Charlie pour :
-  le lire depuis l’étranger ;
-  consulter des archives (à mon goût la vertu première des sites de presse) ;
-  pouvoir contacter ces journalistes dont, dans l’ensemble, on apprécie le travail...

Bref, toutes choses qui rendent un site comme celui du Monde diplomatique un outil incontournable pour une recherche d’information, il n’imagine pas que cela puisse intéresser quiconque. Non : le lecteur de Charlie en ligne, ce qu’il veut, c’est une webcam façon Canal Plus, des détails débiles sur la rédaction (les croquettes), un chat façon Multimania. Que le site de Charlie puisse avoir le moindre intérêt éditorial ou documentaire, c’est inconcevable. C’est clair, le lecteur de Charlie qui utilise l’internet, c’est pas un « bon » lecteur, c’est une sous-catégorie écervelée.

Ben non. On n’a pas de site Internet. Oh, on y a pensé. On a vu défiler dans nos bureaux des experts, des militants du Web, des ingénieurs en informatique qui nous ont proposé des projets, tous plus beaux et originaux les uns que les autres. Mais, au bout du compte, on a dit non. Ami lecteur, tu vas comprendre pourquoi. Il y a deux raisons principales.

« Oh, on y a pensé », c’est bien en-dessous de la vérité. Val y a beaucoup pensé, depuis des années. Des années que Val cherche à droite à gauche des conseils, des contacts, des informations. D’ailleurs, ne croyez pas que n’importe quel représentant de commerce peut débarquer à Charlie et tenir la jambe au rédac-chef : si « des experts, des militants du Web, des ingénieurs en informatique » ont « défilé » à Charlie, ça n’est pas parce qu’ils ont fait le forcing et bloqué la porte avec le pied... Le terme adéquat serait plutôt : ils ont été convoqués, invités, réclamés...

M’enfin, la réponse à la question « pourquoi pas de site Charlie » est contenue dans le paragraphe précédent ; parce que Val n’a aucune idée de ce à quoi ça pourrait bien servir. Il vaut mieux en effet que Charlie n’ait pas de site, plutôt qu’un site avec la photo des chats de Luce Lapin et une webcam sur le frigo...

Mettons de côté l’utilité reconnue du courrier électronique. Plus rapide que le courrier normal et moins volatil que le téléphone, l’e-mail prend une place, dans nos modes de communication, qui n’est pas illégitime. A ceci près que sa confidentialité n’est pas garantie, ce qui suppose qu’on en ait conscience lorsqu’on l’utilise. Pour le reporter qui doit envoyer instantanément à sa rédaction des gros dossiers déjà mis en forme, pour les scientifiques qui peuvent communiquer entre eux très vite et à moindres frais, pour les amoureux que séparent des océans, pour les parents ou les amis lointains, vive l’e-mail !

Paragraphe totalement superflu, sauf à éviter à Val de présenter une contradiction trop voyante : il va flinguer l’internet dans son ensemble, mais puisqu’il affiche en bas de son édito son adresse email, il faut bien qu’il y trouve une utilité. Le Vésuve de la Pensée de Charlie voit l’utilité du mail parce qu’il l’utilise ; il n’utilise ni ne pige rien au Web, donc y’a pas d’utilité (au moins, c’est une façon de réfléchir qui fait gagner du temps).

Le blah-blah sur la confidentialité : idiot. S’il a des infos ultra-confidentielles à échanger, qu’il utilise PGP et n’en parlons plus. Plus révélateur, le conseil « à supposer qu’on en ait conscience lorsqu’on l’utilise » ; genre conseil de tonton Val aux crétins qui utilisent le mail depuis des années sans savoir que c’est pas confidentiel. Merci, Philippe : les utilisateurs ne croient pas tout ce que la publicité leur raconte, et ils savent, en premier lieu, que la confidentialité est plus que relative sur le réseau, mais t’as raison, faut tout leur expliquer, à ces cons (pardon, « tarés, paranoïaques », etc.).

Détail marrant : « écrire à Philippe Val » ne fait pas partie de la liste des utilisations justifiant l’existence du mail. M’enfin on avait compris.

Un site, c’est une autre histoire. D’abord, une histoire d’argent, et c’est la première raison. Pour créer un petit site Charlie Hebdo modeste mais vivant, avec archives, forum, services actualisés, choix d’articles et de planches de dessins dont la présentation et le contenu apporteraient un supplément d’intérêt à ce que l’on trouve dans l’hebdomadaire, il faut compter, au minimum, 600 000 francs par an. Dans cette somme, il y a le prix de l’hébergement et le salaire de la personne qui entretient le site à l’année.

Voir les paragraphes précédents : un site Charlie, Val ne sait pas à quoi ça peut servir, il montre même un site ultra-navrant avec détails nuls et webcams sur le frigo, le voilà maintenant qu’il nous décrit, justement, un site « modeste mais vivant, avec archives, forum, services actualisés, choix d’articles et planches de dessins... », bref, un très bon site Charlie (cela dit, « services actualisés », je vois pas trop). Faudrait savoir... on peut donc trouver une utilité à un site Web ?

Mais surtout, tout le monde aura tiqué sur le prix de la prestation : 600 000 francs par an. C’est soit pas assez, soit trop. Pas assez si Val veut monter un site façon Le Monde ou Libé et se payer un système de publication du type Vignette (comptez en millions). Mais beaucoup trop pour un site « modeste et vivant ».

Il suffit d’un système de publication gratuit et facile d’utilisation (il en existe plusieurs, excellents, dans le monde du libre), un type qui l’installe, et ensuite Charlie pourra gérer les mises à jour tout seul. Le journal étant déjà entièrement réalisé sur ordinateur (Charlie c’est de la PAO, oui, pas de l’impression au plomb), quelques copier-coller et c’est torché. À vue de nez, comptez deux heures chaque semaine pour transférer Charlie depuis XPress vers le site Web. Avec un peu plus de développement (rien de sorcier), on peut même imaginer exporter d’un coup le fichier XPress vers du XML, le passer par une moulinette automatique, et créer ainsi directement les pages Web.

Comment rentabiliser ? En faisant payer la connexion ? C’est là que commencent les problèmes. Les seuls sites payants rentables sont ceux qui proposent des placements financiers ou du sexe - c’est-à-dire la psychologie rudimentaire de l’internaute de base, agité par les deux instincts les plus primitifs : le rut et la domination.

Question intéressante, réponse débile. « Ami lecteur », toi en particulier qui a écrit par mail à Philippe Val cette semaine pour lui faire part de ton attachement à l’indépendance de Charlie, tu as « la psychologie rudimentaire de l’internaute de base ». On retrouve là le thème de l’interlocuteur tout aussi abruti qu’imaginaire ; l’amalgame entre les comportements réels des individus qui utilisent le réseau et le message publicitaire qu’en font les marchands. Parce que Vivendi a dit « Internet c’est bien », tout le monde s’alignerait sur cette idée et ne chercherait pas d’autres voies que le réseau façon Vivendi ; citons Vittorio Alfieri (en italien s’il te plaît) : « Nella tirannide, ancorchè avviliti sian tutti, non perciò tutti son vili » (De la tyrannie - « Encore que, sous la tyrannie, tous soient avilis, tous pour autant ne sont pas vils »). Tel Wolton, Val est le seul à croire les messages publicitaires qu’il dénonce.

Et pour le coup, entendre dénoncer le « sexe », le « rut », « agité par les deux instincts les plus primitifs », il vaut mieux lire ça dans Charlie Hebdo que d’être aveugle. Continue sur ce chemin de la dénonciation de la fornication, et prochainement c’est avec Télérama que tu pourras passer des « accords de solidarité ». Je suppose que le Professeur Choron n’a pas prévu de réintégrer l’équipe ?

Certains journaux ont investi des sommes énormes pour bâtir des sites dont le succès n’a eu qu’une conséquence : une chute de la vente au numéro. Mais les directeurs des journaux se sont entêtés, terrorisés de ne pas être à la pointe de la modernité. Comme les sites d’information sont condamnés à la gratuité s’ils veulent avoir des connexions, on touche directement le cœur du premier problème. Hubert Beuve-Méry, le fondateur du Monde, disait que, lorsque les recettes publicitaires d’un journal dépassent 30% des recettes globales, le journal est mort. Sur Internet, le journal est forcément gratuit, et financé à 100% par la publicité, unique moyen de rentabiliser l’investissement, si l’on excepte les « services » cul et fric proposés par le journal, certes, mais qui n’ont pas grand chose à voir avec le journalisme.

On ne dira pas le contraire, on peut aussi te conseiller les articles « Les nouveaux barbares » et « Les médias dans l’œil du cyclone » de Marc Laimé, et « Le journalisme en ligne au risque de l’argent de Pascal Fortin.

Cependant, ces articles traitent des investissements pharaoniques des grands journaux (Le Monde, Libération...) en pleine période d’euphorie de la Nouvelle économie ou des quelques start-up qui prétendaient créer de l’information. Ca n’est pas le cas de Charlie, qui peut monter un site pour pas cher, apprendre des erreurs des autres (par exemple : ne pas chercher un financement de 50 millions de francs pour démarrer un site), et trouver d’autres idées de financement.

Le coût d’un site Charlie n’est pas élevé. Tellement peu élevé qu’on peut imaginer qu’il ne coûterait pas plus cher que les publicités achetées régulièrement dans d’autres journaux (comme Le Monde diplomatique) ; quel gain de notoriété (capital de sympathie, pouvoir symbolique, et tout le tralala) par rapport à cet investissement ? Au pire, donc, considérer le site Charlie comme une autre forme de publicité justifie déjà l’investissement. Au mieux, on pourrait évoquer la diffusion du savoir, d’une information alternative, donc le service rendu à la société, mais bon, puisqu’on cause porte-monnaie, je suppose que c’est pas le moment. Et rien ne prouve que la présence des articles en ligne nuirait à la vente au numéro ; au contraire ; parce que, là encore, Charlie n’est ni Le Monde ou Libé, ni TF1.

Vu le faible coût, on peut encore chercher des financements originaux (et pas simplement la publicité). Rejetons la syndication de contenus (c’est pas très Charlie, d’accord). Mais la vente de produits dérivés (ben si, comme dans le journal : la serviette de plage Charlie, l’agenda Charlie...) et la vente des hors-série, c’est déjà plus simple. L’impression à la demande de compilations et de sélections d’articles (genre j’aimerais bien avoir, bien reliée, l’intégralité de tes délires sur le Kosovo), c’est pas mal non plus. À moins que, pour le coup, ça ne soit pas la vente au numéro qui risque d’être concurrencée, mais les compilations de tes chroniques co-éditées par France Inter ? Tu pourrais aussi imaginer qu’une communauté de passionnés de Charlie aide à faire vivre le site, qui deviendrait, plus qu’un moyen de diffusion des articles des journalistes, le porte-voix d’une communauté d’idées ; auquel cas le service rendu à la communauté justifierait largement le faible investissement de départ.

Sans compter, mais peut-être que ce genre de détail fait « sale » sous la plume de Val, les aides accordées aux journaux pour l’ouverture d’un site Web. Le Fonds de modernisation de la presse quotidienne politique et assimilée, créé par l’État, et adopté dans la Loi de Finances 1998, est doté de 347 millions de francs pour aider les éditeurs « classiques » à se moderniser. Et permet, notamment, d’obtenir des subventions pour la diversification sur Internet. Le Monde diplomatique a par exemple reçu, sous forme de prêt et d’une subvention, un total de 1,5 million de francs sur trois ans (dont 30% de subvention finale) pour le développement de son site. Bref Val essaye de nous faire pleurer sur le coût exhorbitant d’un site de presse alors qu’il n’est pas foutu de toucher quelques centimes d’un fonds de 350 millions créé exprès pour lui...

C’est donc une presse trois fois morte qui est en train de naître sur Internet, tout en faisant concurrence à la presse d’information et d’opinion, laquelle, généralement, vit déjà à plus de 50% de la publicité.

La presse d’information et d’opinion dépasse donc déjà largement le seuil de 30% fixé par Beuve-Méry. Mais la semaine dernière, Val nous apprenait que « la presse papier [...] est le dernier lieu où s’exerce la liberté d’information et d’analyse ». Alors quoi, la presse, elle est libre ou elle est pas libre ? Les « journaux cousins », ils sont vivants ou ils sont déjà morts ?

Bien sûr, il est possible d’échanger de l’information financée à 0% par la publicité sur le Web, mais nous verrons par la suite que tu lui préfères largement un monde où les médias papier sont tous morts.

Pour un journal comme Charlie Hebdo, qui n’a aucune rentrée publicitaire, créer un site Internet reviendrait à publier une version électronique financée à 100% par la publicité. Qui pourrait le souhaiter, lorsqu’il ne reste plus en France que deux hebdomadaires d’information et d’opinion qui ne vivent que de leurs ventes ?

Ah oui mais non... De deux choses l’une (« Charlie se fait cobrander ») : soit l’échange de pub avec Libé s’est fait sans contrat et alors c’est illégal, soit il y a échange contractuel, la pub est insérée dans la comptabilité de Charlie Hebdo et alors il est illusoire de prétendre que Charlie ne vit que de ses ventes.

Des « deux hebdomadaires d’information » qui ne font pas de publicité, il y en a un qui ne fait pas de publicité pour Libération...

La presse doit pouvoir exister d’abord par son contenu éditorial, ses enquêtes et ses analyses. Que pourrait-on penser de la valeur du travail d’un journaliste s’il n’est plus que l’employé des annonceurs qui lui permettent de caser quelques articles dans leur support promotionnel diffusé gratuitement ?

Sortez les mouchoirs, après Beuve-Méry, les grandes phrases pleines de sens.

Allez, tout de même, une dernière citation sur la pub pour la route : « La publicité oblige les rédactions à être prudentes avec ceux qui payent la publicité. C’est déjà un ennui, un empêchement d’informer. Je ne dis pas que c’est une censure perpétuelle. Je dis que c’est un empêchement. » C’est de qui ? C’est de qui ? Philippe Val, RTBF, le 13 novembre 2000.

Comme Internet s’est constitué aujourd’hui, la généralisation de la presse électronique, c’est à la fois la mort de l’information démocratique et pluraliste et le triomphe d’un ultralibéralisme qui possède et contrôle tout, y compris la totalité des moyens d’information.

« Comme internet s’est constitué aujourd’hui », voilà exactement le fond du problème : qu’est-ce que Charlie a fait pour que l’internet soit autre chose qu’un cheval de Troie libéral ? On cherche encore. Le refus du réseau dans Charlie a été (comme aujourd’hui) massif, épidermique, l’ensemble complexe et les relations humaines du réseau rejetés en bloc. Si l’internet est dans l’état décrit par Val (ce qui, par ailleurs, n’est pas du tout le cas), ça n’est pas grâce au soutien qu’il aurait apporté aux nombreux particuliers, associations, qui se battent depuis le début pour que le réseau ne soit pas qu’un grand supermarché.

Charlie Hebdo a, par exemple, été remarquablement absent des débats autour de la prescription des écrits publiés sur Internet. Alors qu’un des droits les plus basiques du droit de la presse est balayé par la jurisprudence, ouvrant la voie à un harcèlement judiciaire de tous les auteurs d’écrits polémiques sur le Net ( voir « Diffamer sur le Net, un délit ordinaire »), Charlie Hebdo ne dit rien, Charlie Hebdo laisse faire. À partir de quand l’incompétence doit-elle être interprétée comme une démission ? Comment doit-on demander à Charlie Hebdo de s’impliquer ? Doit-on se mettre à genoux pour qu’un hebdomadaire satirique de gauche daigne se battre pour les libertés publiques ?

Il n’y pas si longtemps pourtant, en avril 1998, Charlie Hebdo n’avait pas hésité à saisir la garde des sceaux, Elisabeth Guigou, pour protester contre le harcèlement judiciaire que lui faisait subir un satellite du Front National, l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française). Le ton était grave, la plume de circonstance : « C’est la première fois que nous nous adressons ainsi à un ministre en exercice. Et si nous le faisons, c’est que nous avons une question grave à vous poser », écrivait Philippe Val. « Et si, demain, notre pays était privé de ses deux hebdomadaires satiriques et politiques, Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo, ne penseriez-vous pas, madame la Ministre, que la démocratie française aurait perdu un peu de son sens ? ». « La justice, en matière de presse, est un produit de luxe, poursuivait Val. (...) Si, pour Voici, 500 000 F d’amende ou de dommages et intérêts, c’est un éclat de rire, pour un journal politique comme Charlie Hebdo, c’est un éclat de rire amer (...) Jeudi dernier, nous avons reçu la signification d’un sixième procès contre Charlie Hebdo. Voudriez-vous que l’on continue poliment à accepter l’inacceptable ? »

Pour contrer « l’inacceptable », Charlie Hebdo ne manquait pas de propositions : « N’est-il pas possible de faire figurer dans les directives du garde des Sceaux l’irrecevabilité de toutes les plaintes émanant d’une association prétendument contre le racisme, mais dont tous les responsables sont membres d’un parti officiellement raciste et xénophobe ? » Pour six plaintes déposées contre son journal, Philippe Val proposait un changement législatif.

Aujourd’hui, face aux dizaines de plaintes déposées contre des sites Web indépendants, contre Valentin Lacambre, contre le site satirique de la RATP, Calimero, Leonardo, contre des particuliers, avec des dommages et intérêts pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de francs, pas un mot. Pas un article. Pas un édito indigné. Rien. Face à l’édito de Val, on est bien forcé d’en convenir : la liberté d’expression, la rédaction de Charlie-Hebdo s’en fout, sauf lorsqu’elle concerne... Charlie Hebdo.

La part des recettes de la vente au numéro est indirectement proportionnelle à la liberté des journalistes de traiter les sujets en fonction de l’intérêt du lecteur, à l’exclusion de tout autre intérêt politique ou financier.

Donc (rebelote) la présence de pub pour Libération dans Charlie (qui vient, par sa nature j’espère contractuelle et intégrée à la compatibilité, faire baisser la part des recettes de la vente) fait baisser la « proportion » d’indépendance du journal.

La publicité dans Charlie, c’est réellement décidé en fonction de l’intérêt du lecteur ? Vraiment, les lecteurs écrivaient à Charlie pour dire : « ça m’intéresse que Charlie fasse la pub des cahiers spéciaux de Libération, parce que le Charlie il est installé de l’autre côté du tourniquet que le Libé, alors si je pouvais éviter l’effort de faire tourner le tourniquet, je gagnerais du temps, c’est ça mon intérêt de lecteur... » ?

Ajoutez à cela que, d’ores et déjà, la majorité des hébergements ont été rachetés soit par Lagardère, soit par Vivendi, soit par la Lyonnaise des eaux-Dumez, et vous comprendrez vite qu’Internet, loin d’impliquer un développement de la presse, est au contraire un piège séduisant par sa facilité de diffusion, mais mortel pour ce qui est diffusé.

Vachement au courant, le gars Val. Après les 60 patates pour monter un petit site, voilà qu’il confond hébergement et accès. S’il est relativement difficile d’accéder au réseau hors des grandes entreprises (au fait, c’est pas Lagardère, le second larron, c’est France Télécom - mais peut-être Val croit-il que c’est encore un service public) - les fournisseurs d’accès indépendants ou associatifs se font rares, même s’ils existent -, faire héberger son site est encore très largement ouvert à la concurrence, hors des mastodontes des télécoms. Cela va des hébergeurs associatifs à une multitude de petites boîtes (certaines avec une structure de coopérative), jusqu’à des entreprises traditionnelles qui travaillent proprement (non, Philippe, il n’y a pas que Free dans la vie). On peut donc se faire héberger hors de tout contrôle de Vivendi, France Télécom ou Lagardère, et cela pour un coût très faible.

En réalité, cette explication est plus intéressante qu’il n’y paraît, parce qu’elle nous éclaire sur une raison plausible du rapprochement publicitaire entre Charlie et Libération. Dénoncer le problème de la « diffusion » sur le réseau, c’est une manière d’occulter le véritable enjeu et, à la manière d’un Wolton, faire croire qu’hors du réseau tout va bien. Hélas, en fait c’est la panique, à Charlie, à Libé, au Monde, dans toute la presse. Pourquoi ? Depuis 1947 la presse est distribuée, jusqu’à votre kiosque, par un réseau très complexe dominé par les NMPP (les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, formellement une coopérative d’éditeurs). Un réseau dont « l’opérateur » est, à 49%, le groupe Hachette. Lesdites NMPP ont longtemps été un bastion du Syndicat du Livre : avantages sociaux y afférents, dérives corporatistes, tout cela coûte très cher.

Or, depuis quelques années, les NMPP sont concurrencées, notamment, par une autre messagerie, les MLP, basées à Lyon. N’étant pas « inféodées » au Syndicat du Livre, elles offrent les mêmes prestations à moindre coût... Mais ce n’est pas tout ! Depuis 1947 c’est le secteur de la presse magazine qui supporte le surcoût financier de la diffusion des grands quotidiens nationaux d’information (Le Monde, Libé, Le Figaro...). Comme ces grands quotidiens se vendent de moins en moins (va-t’en savoir pourquoi ? On a notre petite idée, mais bon vous savez bien qu’on a mauvais esprit, nouzautres...), la facture de la « péréquation » grossit... L’an dernier le secteur de la presse magazine a ainsi « subventionné » à hauteur de 400 millions de francs (vous avez bien lu) le coût de la diffusion jusqu’à votre kiosque de nos fameux « grands quotidiens »... Or nos amis des magazines (grassouillets pièges à pub qui, eux se vendent fort bien) en ont ras le bol : basta ! Plus question de raquer ! Résultat, un bordel sans nom, des appels du pied au gouvernement pour qu’il intervienne afin, notamment, de régler la facture d’un énième plan social aux NMPP, évalué à un milliard de francs...

Comme Hachette a menacé à plusieurs reprises de claquer la porte et de ne plus faire « l’opérateur » pour les petits copains, on imagine l’ambiance ! Et chaque mois ou presque l’annonce que des grands titres abandonnent le radeau qui coule et partent se faire diffuser aux MLP... Bref, si l’on y ajoute une augmentation du coût du papier journal évaluée cette année à +20%, c’est peu dire que c’est la panique chez tous les gestionnaires de la presse ! Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, a passé des mois à essayer de peser pour l’adoption d’une solution... qui préserve ses intérêts. C’est le PDG du Figaro, M. Chaisemartin, qui a pris la semaine dernière la présidence du Conseil supérieur des messageries de presse. Sûr que ça va s’arranger ! Et le Parisien vient, lui, d’annoncer qu’il se distribuerait tout seul à partir de juin prochain...

Bref, on comprend que Val, à l’image de tous les gestionnaires des journaux, puisse se demander dans quelles conditions son canard sera distribué dans quelques mois... D’ailleurs Charlie aurait pu se distinguer en publiant une « vraie » enquête sur la distribution de la presse. C’est pas les scoops qui manquent ! Tiens, je vous en file un ou deux : près de 20% des exemplaires du Monde et des Echos, prétendument « vendus », sont en fait distribués gratuitement dans les avions. Tout le monde le sait, personne ne moufte, et l’organisation chargée de valider les chiffres de « diffusion » des journaux, « Diffusion Contrôle », avalise la combine... Ça serait tout aussi rigolo de voir comment Hachette, l’opérateur actuel des NMPP, se fait de la trésorerie sur le dos des kiosquiers (qui doivent payer d’avance tout ce que les messageries leur envoient), en les forçant à stocker des montagnes de videos de merde sous « blister » plastique, dont ils retournent ensuite des quantités phénoménales à l’envoyeur. Résultat pour eux : l’asphyxie financière... Bref, bref, on comprend bien que Val panique, comme July, comme Colombani... Tous paniquent et se démènent comme des malades. Surtout pour tenter de racketter l’État. Qui leur a dit niet jusqu’ici...

Alors c’est plus fastoche de casser du sucre sur le dos d’Internet et de sa « Kommandantur », Val. Plus facile de cracher sur sa « facilité de diffusion » alors que la diffusion traditionnelle tourne à la foire d’empoigne. Plus facile d’oublier que, justement, ce sont les magazines (pour le coup, tes « ennemis » Lagardère, Videndi...) qui subventionnaient la diffusion des journaux. Mais si tu nous expliquais « vraiment » pourquoi la presse « libre et indépendante » est en train de crever, pourquoi elle se rapproche de grands journaux, voilà qui serait intéressant !

Séduisant, parce qu’une fois de plus on confond - et toute la publicité pour Internet encourage cette confusion - le sens du mot « liberté » avec le sens politique qu’a pris le mot « libéral ». Internet, c’est sauvagement libéral.

Rien de nouveau sous le soleil, on dirait du Wolton, du Knobel, du Bourges... Croire que les internautes sont dupes de ce discours. Croire que c’est en luttant contre la liberté d’expression qu’on luttera contre l’ultra-libéralisme. Croire, enfin, que les lecteurs de Charlie qui espèrent un site Web de leur hebdomadaire sont en réalité des électeurs de Madelin.

Et ignorer sciemment que le réseau est d’abord le seul moyen d’accès à l’expression publique de plusieurs millions de Français. Des gens pour qui cette liberté est une réalité quotidienne et très éloignée des messages publicitaires.

Enfin, « ignorer », c’est vite dit, puisqu’il aborde le sujet dans le paragraphe suivant. Et là, c’est un festival.

Enfin, la seconde raison, et qui n’est pas la moindre : Internet nous est vendu comme un réseau prétendument d’information. Mais, à part ceux qui ne l’utilisent que pour bander, gagner en bourse et échanger du courrier électronique, qui est prêt à dépenser de l’argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel ? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs, qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, leurs haines, ou leurs obsessions.

Alors là, jamais vu ça ! Des conneries pareilles, c’est pas croyable ! Bidet Casserole s’épanche douloureusement à ce sujet dans son « Adieu Philippe, on t’aimait bien ! et, à lire les premières réactions du forum, Val vient de faire perdre plus de lecteurs à Charlie que l’introduction de la publicité dans l’hebdo.

Car les « tarés », les « maniaques », les « fanatiques », les « mégalomanes », les « paranoïaques », les « nazis », les « délateurs » qui s’expriment « à fonds perdus » sur le web, ce sont pour beaucoup des lecteurs de Charlie. Des militants de la liberté d’expression, du logiciel libre, contre la peine mort, pour les sans-papiers, féministes, contre la mondialisation, pour un mouvement social européen, pour un web non-marchand, ils sont nombreux... Des rebelles, des dissidents, comme Val autrefois, comme Taoufik Ben Brick aujourd’hui, comme les rédacteurs du site Maghreb des Droits de l’Homme, qui risquent leur peau tous les jours pour passer des infos sur le seul espace de liberté qui leur reste : le réseau... De vrais éditorialistes, comme Charb encore un peu, comme Lazuly et son Portail des copains, comme l’Ornitho, des rêveurs, des artistes, des saltimbanques...

Tous ces « tarés » investissent à « fonds perdus » dans leur « petit site web » pour une raison : même s’il n’existe qu’un petit espoir de changer la réalité, cet espoir, il faut se battre pour lui.

« Le don, c’est l’ennemi de la mondialisation », disait Philippe Val, le 30 juin 2000. C’était à Millau, lors du rassemblement anti-mondialisation, « On peut tout rationaliser, poursuivait le rédacteur en chef de Charlie, on peut tout rentabiliser, mais nous vivrons alors dans monde économiquement totalitaire (...) L’idée française de la République génère du collectif, elle crée du collectif, en s’appuyant sur la loi et le parlement, et ce pouvoir du collectif, de la volonté collective, ils [le MEDEF] ne veulent pas en entendre parler, parce que ça ne s’inscrit pas dans l’échange marchand et que ça doit être éliminé. »

De belles paroles en l’air. Le non-marchand ? Le Medef n’en veut pas. Philippe Val non plus.

Comme le fait remarquer Darkshun dans le forum précité, « il y a fort à parier que cette citation sera rapidement la citation la plus citée du Web indépendant après celle de Françoise Giroud ("l’internet qui est un danger public puisque ouvert à n’importe qui pour dire n’importe quoi") ».

Allez, une citation d’Alain : « L’erreur propre aux artistes est de croire qu’ils trouveront mieux en méditant qu’en essayant... Ce qu’on voulait faire, c’est en le faisant qu’on le découvre. » Et c’est en le faisant que le Web citoyen a découvert qu’un autre modèle que celui du néolibéralisme sauvage et du profit immédiat était possible.

Internet, c’est la Kommandantur du monde ultralibéral. C’est là où, sans preuve, anonymement, sous pseudonyme, on diffame, on fait naître des rumeurs, on dénonce sans aucun contrôle et en toute impunité. Vivre sous l’Occupation devait être un cauchemar. On pouvait se faire arrêter à tout moment sur dénonciation d’un voisin qui avait envoyé une lettre anonyme à la Gestapo.

De la part de Charlie, on attendait mieux que la réaction de vierge outragée à la façon de l’« abracabrandesque » de Chirac et de tous ces hommes politiques qui, pris le doigt dans le pot de confiture, hurlent à l’inquisition espagnole, à la tyrannie des juges, à la presse d’investigation qui leur en veut. On avait déjà vu ce comportement lorsque plusieurs sites avaient raconté les « indélicatesses » de Daniel Schneidermann, les mêmes invocations à la collaboration et à la dénonciation calomnieuse.

On renverra à l’article de Marc Laimé, « Liberté d’expression : la grande peur des bien-pensants » : « C’est ainsi qu’au détour de récentes prises de position, d’éditoriaux, d’articles, on voit poindre un "nouveau marqueur sémantique". Le débat n’est plus circonscrit comme il y a quelques mois à la problématique de la définition des responsabilités afférentes à l’hébergement de contenus - possiblement illicites -, sur Internet. C’est tout autant, et bien davantage, la capacité désormais offerte à tout citoyen de propager ses opinions dans un espace public de délibération - à l’échelle du monde -, une capacité sur laquelle n’ont aucune prise les médias dominants, acteurs majeurs de la "démocratie d’opinion" contemporaine, qui semble pouvoir être mise en cause. »

Au rayon de ces « nouveaux marqueurs sémantiques », tout y est : « sans preuve » (la question ici est la présence de publicité dans Charlie, la preuve est en page 15 chaque semaine), « anonymement, sous pseudonyme » (ah ! ah ! et Charb, Luce Lapin, Luz, Oncle Bernard, Gébé... c’est pas des pseudos ?), « on diffame, on fait naître des rumeurs » (oui, on sait, « sans preuve », d’ailleurs il n’y a pas de pub pour Libé dans Charlie), « on dénonce sans aucun contrôle » (encore heureux, est-ce que Charlie serait fier d’écrire "sous contrôle" ?), « et en toute impunité » (prière d’envoyer à Philippe Val la liste des condamnations prononcées contre des particuliers qui se sont exprimés sur le Web depuis 1995, ça lui évitera d’écrire des conneries « sans aucun contrôle »).

Nous y voilà, au fond, au ramassis de la pensée Valienne : s’il est fier que la presse (même avec 50% de pub) soit le lieu de la « liberté » d’expression et d’opinion, cette même liberté laissée aux simples citoyens ne peut être qu’une resucée de l’Occupation, les millions de Français qui tentent de faire vivre un Web citoyen basé sur le don, l’échange, le partage du savoir, ça ne peut être que des « tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs ». Gageons que les mêmes, s’ils faisaient des fanzines papier, seraient d’excellents journalistes encartés et tout plein remplis de bonne déontologie.

D’ailleurs, comme tout le monde le sait, sous l’Occupation, on souffrait d’une trop grande liberté d’expression et d’opinion.

Internet offre à tous les collabos de la planète la jouissance impunie de faire payer aux autres leur impuissance et leur médiocrité.

Hum, et « Charlie Hebdo offre à Philippe Val la jouissance impunie de... », ça sonne comment ?

Le problème de Philipe Val, c’est qu’habitué qu’il est à faire des one man shows, seul en scène et brillant dans la lumière, fier, dominant, glorieux, jouissant de son prestige et du pouvoir des mots devant la fosse obscure... il ne supporte plus qu’un autre que lui-même puisse prétendre aussi à ouvrir grand la gueule.

Et Val ne s’adresse plus vraiment à un lecteur : c’est définitivement à son public chéri, acquis et préféré qu’il vient délivrer l’Évangile de sa Val-heureuse pensée.... Il porte haut la voix depuis ses mégaphones de papier ou de bois : sur les planches des théâtres, à la radio, ou dans Charlie. Il gueule, couvre la voix des autres, de tous les autres, mais c’est pour sa bonne cause.

Pauvre Val... tout habitué qu’il est, dans ses nombreux galas, à ne finalement recevoir de ses ouailles plongées dans la fosse que les seules manifestations gestuelles ou paralinguistiques de leur approbation admirative (rire, toussotements, applaudissements...) il ne peut plus entendre, ailleurs, la parole d’autrui...

Il a fini par croire qu’une info « validée », qu’une hypothèse « avalisée », bref, qu’une parole « valable », n’avaient pas de salut en dehors de ses vues. Il a donc confondu valeur et « valistique »... Mais en aval, du coup, pauvre Philippe, c’est finalement le lecteur qui détale...

C’est la réalité inespérée d’un rêve pour toutes les dictatures de l’avenir.

Sans une régulation démocratique mondiale d’Internet, débattue par les représentants des peuples de tous les pays ayant pour mission de garantir les droits des individus, dans un avenir proche, nous deviendrons les victimes aliénées d’une révolution technologique dont la propagande nous martèle qu’elle est la clef de la liberté.

Et voilà, le Val qui tire directement contre son camp et nous joue son Wolton. Ignorant que toutes les régulations qu’on a voulu imposer à l’internet n’étaient en rien dues à des « représentants des peuples de tous les pays », mais seulement une manière élégante de céder cet espace public aux lobbies industriels et répressifs : s’il manque de temps, il peut lire le condensé des événements relatés par Jean-Marc Manach dans « Regulation.net, chronique de fin de millénaire »

Il faudra, en effet, qu’il nous cite ces « représentants démocratiques des peuples » qui auraient œuvré pour une « régulation démocratique » : qui sont-ils, quand se sont-ils réunis, quels pouvoirs ont-ils, c’est quoi le nom de leur colloque, au sein de quelle organisation se sont-ils rencontrés ?

Au final, l’impression est détestable. Val, non content de confondre la réalité du réseau avec les messages publicitaires des marchands (qu’il est donc bien le seul à croire), dénonce uniformément l’usage de la liberté d’expression des citoyens sur le réseau comme personne n’avait encore osé le faire. À ce jour, cela fait 1,5 million de sites Web français tenus par des tarés et des nazis (certains étant même des lecteurs passionnés de Charlie). Il dénonce l’idée même d’un système basé sur le partage et l’échange (n’est-ce pas, faut être taré ou nazi ou paranoïaque pour faire un truc gratuit). Enfin, il fournit les arguments pour un contrôle qui, justement, ne servira qu’au contrôle ultime de la société par les multinationales des télécoms.

Au fait, au rayon « représentants des peuples de tous les pays », pour la régulation du réseau, j’espère que tu ne suggères pas l’OTAN ?

 
 
Marc Laimé, Pascale Louédec, Philippe Moreau et ARNO*
 

UN MESSAGE D’OLIVIER CYRAN (20/01/01)

« PETITE PRECISION

La responsabilité de la pub Libé incombe à la direction de Charlie, et non à ses salariés. Cette précision n’aurait pas lieu d’être si les désaccords qui se sont manifestés à ce sujet au sein de la rédaction avaient pu être portés à la connaissance des lecteurs. Comme tel n’a pas été le cas, je me sens autorisé - et même en devoir - de dissiper un malentendu que j’estime moralement préjudiciable au salarié que je suis.

Amicalement,

Olivier Cyran (journaliste à Charlie Hebdo) »

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Vainqueur 1982 du concours « Chateau de sable » du Club Mickey des Pingouins à Sainte-Cécile.
10 janvier 2001
28 septembre 2003
6 octobre 2003
Journaliste, coordinateur du dossier « La Folie de l’Internet » du Canard Enchaîné
20 janvier 2001
18 décembre 2001
1er novembre 2000
 
SPIP
Web indépendant


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> Val tragique à Charlie : un mort
27 septembre 2001, message de Myk
 

Ben moi je bosse dans le web depuis 2 ans et demi ; Peut-être que j’ai pas assez bien lu son édito au val ; J’ai pas encore lu vos nombreux messages et les reproches faits, il y en a trop.

Bref en tant que professionnel du net pour une petite boite, avec les moyens du bord, en totale indépendance financière et en bossant 12 heures par jour quand c’est requis, les raisons de Val pour ne pas mettre Charlie Hebdo en ligne, je les comprend complètement.

Charlie Hebdo c’est pas Robin des Bois, et ils n’ont absolument aucune raison de se lancer dans le net si cela devait remettre en cause leur intégrité économique, leur équilibre financier.

Les médias qu’ont le veuille ou non restent des entreprises avec des objectifs de profits.

Créer et entretenir un site web coûte cher et surtout ça ne rapporte rien. Pourquoi ? A cause des mégalos à la Arnaud qui ont cru qu’avec leurs milliards ils allaient s’accaparer le web, un nouveau moyen de com, un nouveau moyen de contrôle des masses.

S’il y en a qui n’y connaissait rien c’était bien ces ânes batés à l’égo sans fin.

Ce qu’ils ont réussi : ils ont professionalisés des services gratuit. Résultat, plus personne ne veut payer quoi que soit sur le net et plus personne ne veut y bosser bénévolement car au-delà de la passion, c’est énormément de boulot.

Donc je suis d’accord avec Val.

Si on veut pas s’abandonner au marketing direct, on l’a dans l’os. Et même si on opte pour la pub à gogo, les emails de promo, les spams etc... Ca suffit pas de toutes façons.

Evidemment quand le web est un passe-temps (en tant que producteur ou utilisateur), on ne peut pas s’identifier à ses propos.

Quand c’est le gagne-pain et qu’on regarde la situation de plus en plus désespérée de la Net Economie depuis le crash de boo.com, et ben là, en tout cas moi, je le comprend Val et je lui suis même reconnaissant d’être transparent sur l’entreprise Charlie Hebdo.

A propos de Boo, tiens, j’en faisais partie, ils ont fait très très fort eux : 600 Millions par les fenetres en 1 an, y avait meme pas un site en ligne et 300 personnes qui glandaient dans des bureaux luxueux sur Carnaby Street ... terrifiant, l’extrême de la net éco, merci Arnaud - l’autre extrême c’est où je bosse en ce moment : 10 ans de vécu, pas d’argent extérieur, bcp d’huile de coude et des services payants pour nos internautes (Ca marche très fort aux UK, pas en France -nous faisons des jeux et à cause du monopole de la Françaises des jeux, en gros on l’a dans l’os, du coup on arrête la France, dommage).

Conclusion : la première raison de val elle est bonne !

La deuxième, ben il pas tort à 100%, là où il a tort pour moi c’est de dire que c’est une raison pour pas venir alors que ça devrait justement être une raison pour y venir ! Pour la régulation démocratique mondiale, là il va loin dans la connerie, il rêve grave, il bat tous les records de démagogie, très fort.

Un démago comme moi ne peut être qu’impressionné. Ca pourrait être un dialogue de marionette des guignols sa dernière phrase.

Ok je comprends pourquoi vous vous payez tous sa face !

J’ai bien de fait de relire, je crois que je m’étais arrêté à l’explication financière et médiatique !

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> N’en jetez plus !
5 février 2001, message de Pierre Pezziardi
 

Bon, je crois que Val a eu sa dose, l’erreur est humaine, un gars qui publie une chronique polémique hebdomadaire a à mon sens le droit de se planter.

Pour essayer de tirer quelque chose de constructif de cette affaire, zoomons sur le problème intéressant que soulève (mal) Val : Internet ne crée finalement que peu d’échanges constructifs.

Car c’est là où il y a confusion, entre l’Internet grand public (le surf de base dans l’espace AOL, sur les forums AOL et les boutiques AOL) qui représente 99% des gens, et l’Internet des pages persos, de la réflexion posée, respectueuse, empathique, rationnelle.

C’est toute la différence entre ce forum sympa et le forum de Boursorama, entre mon salon et les chiottes du PMU d’en face ! Il n’y a pas de graffiti "PSG enculé" ou "aux chiottes les XXX" chez moi. C’est normal, on est pas dans un espace anonyme, et les gens qui y viennent ont une certaine déontologie de l’échange.

Et aujourd’hui, c’est VRAI, une large majorité du contenu vu est soit marchand, soit de piètre qualité. Ce n’est pas une raison pour nier qu’il existe du contenu d’excellente qualité, le problème c’est qu’il ne représente qu’une infime part des pages lues. Dès lors qu’on accède à la masse, l’esprit se pert. La foule n’a pas d’âme. Ou si, elle adhère aux principes des gros acteurs du Net, ceux dénoncés par Val : absence de réflexion, mercantilisme, voyeurisme, etc.

Et c’est ici qu’il faut lancer le débat pour susciter l’action : comment par exemple faire que ce forum soit visible dans des portails à haut trafic ? Comment susciter des débats politiques intelligents et en valoriser les conclusions (par exemple j’ai cru un moment à l’initiative respublica.fr ... mais c’est malheureusement pitoyable de bassesse et de finalité ultra-mercantile) ?

Car (et je m’arrête !), c’est un enjeu réel face aux multinationnales qui feront 98% du réseau (visible) de demain : un espace immersif où tout contenu est destiné à susciter une transaction. Oui, ce sont aujourd’hui les stratégies des grands groupes industriels et médias.... que fait Charlie Hebdo !!? ;-)

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> et 99% de la télévision et de la presse, c’est de la merde, severino, 19 février 2001

Ce que tu dis du net, à savoir qu’il y a 99% de merde -c’est largement exagéré-, est vrai en ce qui concerne la presse, la télévision, la radio... Pourquoi alors s’attaquer spécifiquement au net.

Et puis, il y a un malentendu que j’aimerai dissiper : ce n’est pas parcequ’un site n’est pas militant, qu’il concerne les jeux vidéos, le jardinage, les produits de beauté, l’informatique, l’électronique, la bande-dessinée, la couture... qu’il est une merde finie.

Il se crée sur le net des communauté de passionnés par un thème commun... et c’est même la majorité des sites. Ces réseaux humains permettent sur un sujet précis beaucoup plus de compétence, d’esprit critique, de participation que les autres médias.

Le discours médiatique et la publicité startupienne crée une distorsion de la réalité en ce qui concerne Internet. Oui bonnes gens, on vous ment. L’alternative est bien vivante, elle est même majoritaire... on en est déjà à un stade que jamais les fanzines et les radios-libres n’ont atteint.

On peut en bon militant triste regretter que les mamies américaines préfèrent s’échanger illégalement des patrons (modèles) de brodage plutôt que des manifestes révolutionnaires, mais les nouvelles pratiques de communication de la cyberculture constituent déjà une utopie : celle dont parlait esthétiquement les cybernéticiens, les libertaires, et les situationistes. Mais on n’est plus désormais dans le discours idéaliste, esthétisant et partisan : il s’agit de pratiques non conscientisée et non encore perçues par les militants traditionnelles... et c’est tant mieux.

Le prosélytisme militant, comme la publicité, réduisent le vécu à des images figées et tristes, qui sont finalement contre-productive en détruisant le désir avant qu’il émerge. C’est un peu exagéré, mais il fallait bien que je me venge de ce discours répété comme un leitmotiv, "Ce que fait le mini-rezo, c’est bien, mais avouez que tout le reste c’est de la merde". He ben, non, bande d’élitiste, le reste ce n’est pas que de la merde, loin de là.

Ahhhh. Comme direz Val, ça soulage. Allez hop, je tire la chasse d’eau :-)

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> et 99% de la télévision et de la presse, c’est de la merde, 19 février 2001
Et voilà, je m’énerve, je m’énerve, et du coup je laisse plein de fautes d’orthographe. Il faut intégrer un logiciel correcteur à ce site, sinon on va avoir droit à un article dans la presse "Le net c’est la décadence de la langue française :-)
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> et 99% de la télévision et de la presse, c’est de la merde, Pierre Pezziardi, 20 février 2001
Je suis bien évidemment d’accord avec toi, le Net est une chance par rapport à la TV ou aux radios, puisqu’à leur différence, il autorise un canal retour ... donc la création de communautés. Maintenant tu n’as pas répondu à ma question : comment faire en sorte que ce forum soit visible dans des portails à haut trafic ? Comment susciter des débats politiques intelligents et en valoriser les conclusions ? Plus généralement, comment faire en sorte qu’une communauté donnée, qui comme tu le soulignes "..Ces réseaux humains permettent sur un sujet précis beaucoup plus de compétence, d’esprit critique, de participation que les autres médias...", arrivent à constituer des pôles d’expertise forts, soie reconnue et écoutée, par le politique et le secteur privé, qui du reste en feraient partie.... ?
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> et 99% de la télévision et de la presse, c’est de la merde, Trivier Brenand-Henry, 28 mars 2001

Le mieux, camarade, c’est sans aucun doute de se mettre à l’orthographe. Oh ! je me demande brusquement si je ne suis pas passé à côté d’une note d’humour !!! Les Jeux vidéo ne sont pas de la merde ; c’est un fait. Merdeux, cependant, sont ces jeux vidéo qui exercent à la violence décérébrée, à l’holocauste virtuel à longue distance et autres courses folles au coeur de la ville affolée. je ne connais pas beaucoup de jeux vidéo qui invitent à la critique et exercent l’habileté manuelle au delà de la centaine de geste normés et finalement normatifs. Hé oui, je crois que beaucoup de ces jeux préfigurent le vocabulaire gestuel de notre très proche avenir. Pauvre et limité à satisfaire des fonctions immédiates et rationalisées, ce vocabulaire sera accompagné d’un correcteur de maladresse destiné à donner le sentiment à l’usager de maîtriser l’art après avoir surmonté sans effort les difficultés de la lettre.

Quant à juger du contenu du web ... Il y a un mot qui me vient à l’esprit : "pléthore". La diversité n’est plus. Il me semble que le voyageur du web a quelques solides liens de parenté avec l’usager des voyages exotiques à peu de frais. A trente cinq ans il a "fait" tous les pays et confond la cochonerie ramenée d’Uruguay avec celle marchandée sur la plage de Popenguine. Ca n’a dailleurs rien d’étonnant, ces menus objets du patrimoine artisanal indigène sont induits par les intrusions exogènes ; entends : les voyageurs à moindre frais eux même. Hé bien, le Oueb c’est pareil, la page porno australienne et la page porno péruvienne sont semblables et resemblent très fort à la page culinaire espagnole qui tient pour moitié de la page "le lièvre, protection, destruction" disponible en France. Allez, je ne suis pas rat, après quelques années de surf j’affirme que 99.5% du Web visible et immédiatement abordable c’est de la merde. Mais on peut certainement changer ça !!

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> > et 99% de la télévision, le déserteur, 4 février 2002
la difference majeure qui subsiste entre la télé, la radio et le web est que internet n’a pas encore parfaitement installé ses bases dans les moeurs des masses. Ainsi, il faut dévier le tir avant qu’il ne nous touche. les médias "classiques" comme la radio ou la télé sont gérés par quelques patrons de chaines, pourris certes, mais tenus de ne pas passer a l’antenne des feuilletons vantant le nazisme ou la pédophilie, la fabrication de bombe ou encore la pornographie a toute heure. Le web est laissé a une "autorégulation" à la con, issue des théories libérales, qui, on le voit à la moindre connection, ne peut pas marcher. Mais alors, comment gérer cet outil qui pourrait etre formidable. Il nous faut tous réfléchir à cela et ne pas nous laissé aller à des reveries utopique concernant le web qui aujourd’hui est loin d’etre propre.
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> Val tragique à Charlie : un mort
5 février 2001, message de Fred
 

Ce qu’il ne faut nier en aucun cas, et ce qui ressort à juste titre de l’article "Val tragique à Charlie : un mort", c’est la capacité critique du lecteur et de l’internaute.

On apprend ça dans les cours de base de sociologie des médias et de la communication et c’est l’erreur principale de Val. Non, le lecteur de la presse ne prend pas tout ce qu’il lit pour argent comptant, il réagit, il interagit avec l’article qu’il lit. Non, l’internaute ne prend pas tout ce qu’il voit et lit pour argent comptant, il se fait sa propre expérience, finit par savoir déjouer les bidonnages et les arrières-pensées malsaines, vos messages à tous prouvent que vous n’êtes pas passifs, que vous êtes réactifs.

Val participe de ce fantasme de la propagande qui n’est pas nouveau. A l’époque de Gutenberg déjà, circulaient des pamphlets et des attaques contre le livre, contre les premières gazettes et écrits périodiques et contre les écrits anonymes qui allaient manipuler le lecteur sans que celui-ci puisse réagir à son auteur. Quand le cinéma, la radio et plus tard la télévision sont apparus, on a vu toute cette attaque rapparaître sous la plume d’éminents sociologues, qui utilisaient tout comme Val la référence aux régimes fascistes. C’est la peur de la propagande, de la manipulation. Oui, cela peut inquiéter mais il faut toujours garder à l’esprit que si une propagande fonctionne, c’est en partie parce que la société qui la reçoit est préparé à abonder dans son sens. Avant Goebbels, la société allemande était déjà parcourue de références racistes et antisémites, et les explications faciles de tous les maux de l’Allemagne qui circulaient dans la presse d’extrême-droite rejoignaient celles des ouvriers et des patrons attablés aux brasseries munichoises.

Personnellement, j’entends tous les jours les médias encenser le libéralisme et je ne me sens pourtant pas emporté par la propagande.

Internautes, lecteurs, téléspectateurs, nous ne sommes pas pour autant hors du monde social et des liens entre hommes qui nous permettent de dialoguer et d’élaborer nos propres critiques du système.

Arrêtons de prendre les êtres humains pour des cons et des victimes. Nous subissons certes des influences mais nous sommes aussi acteurs et maîtres de nos valeurs.

Fred

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Qui sont les internautes ?
2 février 2001, message de groue
 

Bonjour.

Je voudrais rappeler un chiffre que j’ai entendu hier à la radio : 40% des internautes (en France) ont un revenu mensuel supérieur à 20000FF.

C’est ce public, riche (a priori peu dégoûté par le commerce en ligne), qui est ciblé par les annonceurs du net. En général, les annonceurs font d’une pierre deux coups : non seulement ils veulent fidéliser les internautes, mais aussi inciter les non-connectés à devenir modernes, et se brancher. Vous aurez noté aussi que la netétiquette est très peu mise en avant par les fournisseurs d’accès. Je parle de la netétiquette parce qu’elle est un bon indicateur pour savoir si une personne s’intéresse aux ressources cachées du net, ou pas ; si elle est prête à faire quelques efforts de curiosité et de recherche devant le réseau qu’elle accepte comme potentiellement surprenant, voire contradictoire avec ses propres idées et habitudes.

Bref : je voulais dire que le net décrit par Val *est* le net *avant la découverte des sites alternatifs/intelligents/etc*. J’ai l’air de signifier qu’il y a un internet par internaute... Et bien oui, l’idée ne me paraît pas aberrante, de même qu’il y a une planète Terre par homme : personne ne connaît tous les Etats, tout le monde n’a pas vu tel endroit, etc.

Contrairement à ce que j’ai lu dans votre édito, il m’est paru à moi que pour une fois, Val ne parlait pas à *son* public, mais bien au contraire à tous les lecteurs de Charlie aussi nouveaux que lui sur le réseau des réseaux.

Excusez-moi pour la concision de ce message, qui laisse bien des raisonnements dans l’ombre...

Gw

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> Qui sont les internautes ?, 2 février 2001
Si on parle statistiques : Val revendique lui-même (nombreuses interviews, débat avec Messier) qu’il gagne 30000 francs par mois. Faut-il en conclure que tout ce qu’il reproche au réseau s’applique en pire à Charlie Hebdo ?
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> Qui sont les internautes ?, Kenjical, 7 février 2001

Excuse moi bonhomme, mais j’ai beau me situer dans la moyenne supérieure des CSP que tu décris je n’en suis pas pour autant un pachyderme consumériste dénué d’esprit critique à l’idéologie précocement préconstituée. je ne suis pas encore non plus qu’un jeune libéral précocement décati par le fric et devenu gâteux droitisant plus tôt que de raison, selon le principe ineluctable d’une courbe d’apprentissage m’y poussant fatalement. Je ne considère pas non plus être un archétype de l’internaute mais je pense qu’Internet est aussi un défi à l’intelligence, à la curiosité, à même de pouvoir pousser à chaque seconde qui passe ces 40% dont tu parles vers des lumières critiques, certes insoupconnées mais rémanentes : pour parler normalement, internet c’est aussi l’info qui demeure, internet c’est aussi les joies de la sérendipité, trouver ce que l’on ne cherchait pas... et ca c’est structurel.

Internet est une chance pour autant que contre le marketong. En bon libéral on pourrait même penser qu’Internet est une chance laissée non pas qu’au plus rapide à faire du fric, mais aux plus mobiles, aux plus fouineurs. Maintenant si des masses consuméristes avides se massent par troupeau vers les produits-mirages, c’est la société de lemmings et les principes de toute capacité critique en général qu’il faut interroger. Faut-il rappeler qu’Internet est un médium avant tout, certe pas comme les autres. mais un média qd même. Avnat de poser la question "qui sont les Internautes" on en revient au problème de la compréhension de fond objet de ce débat : qu’est ce qu Internet...

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> > Qui sont les internautes ?, 1er août 2001
6 MOIS PLUS TARD...Est ce que les plus rapides et les plus fouineurs ne sont pas aussi les plus rapides à faire du fric ?
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> Val tragique à Charlie : un mort
28 janvier 2001, message de jean-no
 

L’article d’Arno me semble à peu près tout dire, y compris, en filligrane, le fait que la presse traditionnelle se trouve confrontée, grace au net, à certaines de ses contradictions : la liberté de parole doit être garantie, mais quand même pas à n’importe qui...

Si je voulais aujourd’hui lancer un hebdomadaire satyrique et politique, il me faudrait de l’argent, beaucoup, il faudrait que je m’immerge dans des complications logistiques difficiles à improviser : financement, impression, diffusion, visibilité... Et tout ça, sur Internet, ça ne me coûte pas grand chose, ça ne m’est pas très difficile, et, j’en ai peur, ça remet en cause l’évolution du fonctionnement de la presse depuis deux cent ans tout en opérant, à l’avenir de nous le dire, un salutaire retour aux sources.

La charge arrière-gardiste du canard ou de Charlie contre le net, mal renseignée, partiale, n’a rien d’absolument surprenante, mais il est tout de même dommage qu’il ne sachent jamais ou à peu près jamais saluer ce qui va dans le sens de ce qu’ils dénoncent.

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> Val tragique à Charlie : un mort, le même, 28 janvier 2001
les phrases qui précèdent sont mal rédigées (il est tard, hein), et j’y ai glissé un contre-sens assez grave : je ne conseille pas aux tenants de la presse traditionelle d’aller dans le sens de ceux qu’ils dénoncent, mais de saluer ceux qui résistent aux dérives dénoncées.
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> Val tragique à Charlie : un mort
24 janvier 2001, message de Ouaives
 

Que de tapage pour un seul article

Fidèle lecteur de Charlie et internaute acharné, je trouve l’animosité envers Philippe Val totalement déplacée. Honnêtement, je partage son point de vue sur l’internet. On ne peut pas créer et faire vivre un site Internet uniquement grâce au bénévolat, ou alors pas longtemps. Et comme les internautes (moi en tout cas) ne sont pas prêts à mettre la main au portefeuille pour accéder à de l’information en ligne, il n’y a pas d’autre issue possible que la publicité ou l’appartenance à un grand groupe de presse ou autre. Dans ce cas, où est l’indépendance ? Des sites comme UZine sont très bien mais, avant cette affaire, je ne le connaissais pas. Et Uzine, dont le travail est très intéréssant, pourrait-il réaliser des enquêtes comme le fait Charlie ? Je ne le pense pas. Le béénvolat et le militantisme ont leurs limites. Alors plutôt que de tomber à bras raccourcis sur Philippe Val, il vaut mieux prendre son article comme base à un vrai débat sur l’indépendance et la liberté d’un site Internet.

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> Val tragique à Charlie : un mort
23 janvier 2001, message de Emmanuel
 

Désolé, mais Philippe Val a raison dans toute la première partie de son intervention : un site Web éditorial n’est pas rentable pour un groupe de presse.

Pour réfléchir sur la rentabilisation d’un site officiel Charlie Hebdo, regardez les stats de CHARLIE HEBDO online (le site non officiel : www.charliehebdo.net) sur son outil de stat gentiment ouvert pour nous montrer l’explosion de l’audience (http://usa1.viewstat.nedstatbasic.net/cgi-bin/viewstat ?name=charlieonline). Avant le début de l’"affaire", il y a avait grosso modo 15 visites par jour, sachant qu’une visite rapporte par la pub environ 1 francs HT (bandeaux, bouons + sponsoring) sur un site bien rempli (ce qui nécessite régie pub, positionnement B2B, promotion auprès des centrales d’achat... tout ce que Charlie n’a pas), un site éditorial ne vit pas. A 1 FF HT la visite, on arrive à 15 FF HT par jour... pas mal. On va passer en annuel : grosso modo 10 KF avec 2 ou 3 sympthisants qui achètent un peu de pub au prix fort pour être sympa... Tout ça étant très hypothétique, car je me demande quel annonceur va acheter de l’espace online sur Charlie Hebdo...

Même si un site ne coûte pas 600 KF en version sympa et dynamique, il faut quand même payer la personne qui l’anime et l’hébergement... plus de 10 KF en tout cas, à moins de fonctionner avec des bénévoles et des magouilles, ce qui ne convient pas à Charlie Hebdo, éditeur de presse. Ce que fait un particulier avec des bouts de chandelle coûte vite très cher à une entreprise...

Pour la seconde partie de son édito, Val suscite des réactions outrées de tous les internautes "du milieu", pourtant son analyse, certes provocante, est loin d’être fausse. Demandez aux psychologues ce qu’ils pensent des sites persos et revenez me voir...

Il faut accepter la vérité en face : Internet n’a pas encore trouvé son modèle économique et sert d’exutoire à beaucoup de monde. Et si vous vous sentez visés, c’est que Val a vu juste...

Allez, à la prochaine...

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> Val tragique à Charlie : un mort, 23 janvier 2001

Désolé, mais Philippe Val a raison dans toute la première partie de son intervention : un site Web éditorial n’est pas rentable pour un groupe de presse.

Ben oui, bien sûr... Au Minirézo, on ne l’avait pas attendu pour dénoncer ce modèle - ça fait, en gros, depuis l’opération "Froid glacial sur la Cybérie", en 97, qu’on s’interroge sur un modèle économique valable... Personne ne conteste cette partie de son édito, c’est ensuite qu’il dérape. Charlie qui traite le secteur non marchand de ramassis de tarés, c’est ça qui fait un peu mal, quand même...

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Tes psys, on s’en fout, Grosse Fatigue, 23 janvier 2001

Assez d’accord avec de que tu dis, sauf que : en quoi ce que pensent les psys des sites persos peut être pris pour de l’argent comptant ?

Tu veux savoir ce que, en tant que site perso, je pense des psys ?

Les psys m’emmerdent. Sauf le second Freud de Malaise dans la civilisation et de Totem et tabou.

 
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> Val tragique à Charlie : un mort, Bidet Casserole, 23 janvier 2001

L’introduction de P.Val sur l’intérêt d’un site pour CH n’était qu’une lourde maneuvre pour ne pas donner l’impression qu’il attaquait droit devant le web indépendant. Val s’en fout d’avoir un site web et je suis encore plus d’accord que lui pour dire que ce sujet n’en est pas un.

Ayant évacué ce laborieux préalable, il arrive là où il voulait en venir : flinguer l’idée même que le web puisse servir à des entreprises humaines qui aient d’autres ambitions que la domination, le profit, le stupre, la perversion, le nazisme, la pédophilie...

Bon, je vous laisse, je dois aller voir mon psy, il s’inquiète beaucoup à l’idée que je puisse entrer dans un kiosque à journaux plein de femmes nues, de journaux consacrés à la chasse, aux mercenaires, à la vie des princesses, il paraît qu’il y a même des quotidiens consacrés à l’économie...

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> Val tragique à Charlie : un mort, jean françois, 25 janvier 2001

D’abord, les critiques faites à Val ne concernaient pas la question d’un site « charlie ».. Libre au journal de décider d’en faire un ou pas. Ce qui était quand même révélateur dans le propos de Val, c’était l’absence de réflexion sur les finalités possibles d’un site web pour le journal (ce qui me semble un préalable à toute mesure de « rentabilité ») . Bref, comme le souligne B.C, Val a pris ce thème comme un prétexte pour introduire son attaque contre Internet.

Mais ce qui est profondément choquant dans son propos, ainsi que dans le vôtre quand vous parlez « d’exutoire », c’est cette forme de mépris pour les créateurs de sites persos. Réduire les dizaines de milliers de productions personnelles à des oeuvres de défoulement de tarés, de maniaques, d’obsédés etc.. est une analyse tout simplement ridicule . Partager une passion, présenter une réalisation personnelle (artistique, technique ou autre), mettre de l’information à disposition d’autres gens, exprimer des idées, tout cela c’est de l’expression : le web donne pour la première fois à chacun la possibilité d’une expression, directe, sans filtre. C’est peut-être fait parfois de façon maladroite, mal écrite, mais c’est aussi un apprentissage de l’expression qui se fait, qui doit se faire, que ces créateurs font, de leur propre initiative. Leur cracher dessus comme le fait Val est détestable . Son propos est de plus parfaitement injustifié : un site web, ce n’est pas du broadcast : vous allez sur un site, il ne vient pas à vous. Si ça ne vous intéresse pas, vous n’y allez pas c’est tout ! Oui Internet permet de l’échange d’information : de l’information qui n’est pas, qui n’a pas sa place, ou qui n’est plus dans les « médias » conventionnels.

Vous dites « demandez aux psychologues ce qu’ils pensent des sites persos »... argumentaire de la même trempe que celui de Val ... globalisation simpliste et sans intérêt : LES psychologues, ILS pensent, LES sites persos... revenez donc, vous, me voir avec des arguments plus factuels..

Val a provoqué, pour se rendre visible... du coup, on parle de lui, dans Libé, sur France culture.. c’est ça qui est important, pour lui ! Plus important que de faire, par exemple, une réponse ici, ou dans charlie, aux critiques de ses lecteurs...

jean francois

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> stats de charliehebdo.net, Gilles Hurtebize, 26 janvier 2001
En attendant de trouver un modèle qui "marche" pour Internet, il faut bien que quelques uns se débrouillent avec ce qu’ils ont. Même sans beaucoup d’argent, on peut faire quelque chose ; pourquoi toujours réduire l’existence d’un site à la présence de bandeaux de pub ou non ? Il y en a qui dépensent leur temps libre affalé devant leur TV, d’autres au bistro, dans les embouteillages du week-end, au cinéma, à bricoler sa moto, etc... chacun sa passion : il y a ceux qui consacrent leur temps libre et leur argent de poche à créer ou mettre en place des sites Internet ; et à communiquer grâce à lui. Des tas de types ont essayés de fabriquer des engins qui volent, et qui se cassent la gueule, avant qu’on puisse voir le premier avion voler. Et ils n’étaient pas sponsorisés, j’imagine... Il faut aussi comprendre qu’avant d’avoir le feu vert de Charlie, je n’ai rien fait comme pub pour ce site, ni référencement, ni recherche de liens (ni mention aucune dans Charlie, ce qui aurait certes aidé) ; ça c’est fait tout seul : il suffit d’aller voir les moteurs de recherche pour se rendre compte de tous ceux qui, même avant moi, ont fait leur site pour célébrer Charb, Siné, Willem, etc... Ce besoin existe. Point. Inutile de le remettre en cause. Et un canard comme Charlie n’a pas besoin de grand chose pour être en ligne, j’en sais quelque chose ! Tout au plus, pour éviter la mésaventure arrivée à "La Crème de Canard" (site bénévole, comme le mien, pour le Canard Enchaîné), Charlie pouvait, s’il était "pour", "parrainer" ce site, en l’assurant de sa couverture juridique (par exemple) ; ça ne leur aurait pas coûté cher, et plein de gens seraient content ; et peut-être pleins de gens, ignorant Charlie, auraient pu le découvrir, et foncer l’acheter pour le plaisir de le lire sur papier... (ou parceque le temps d’une lecture avec leur modem 56k leur revient trop cher...). Méditons, ne rejetons pas en bloc. Merci de m’avoir lu.
 
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> Val tragique à Charlie : un mort, PHIL, 31 janvier 2001

Emmanuel ... Excuse-moi de te contredire mais pour les calculs, tu dis un peu n’importe quoi ... Les calculs se font de la manière suivante (exemple pour du B2B) : Pour l’estimation du prix pour mille pages vues